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Perspectives MOC n°8

Editorial - Le revenu d'intégration : fort bien mais ...

La loi sur le minimum des moyens d'existence, le Minimex, date de 1974. Elle donne priorité à l'aide financière et constitue l'ultime bouée de sauvetage des plus démunis.

Le gouvernement se prépare à adopter une loi qui remplacera le Minimex par un Revenu d'intégration. La philosophie ? Les personnes bénéficiant du Minimex avaient, sans condition, l'assurance d'une aide financière et y trouvaient donc une assistance. Au contraire, l'octroi du revenu d'intégration sera lié à un contrat d'intégration sociale par lequel les bénéficiaires seront tenus de s'insérer par le travail.

Fort bien... Le droit à l'intégration sociale n'est donc plus seulement un droit à la subsistance, mais aussi à l'utilité sociale. L'individu n'est plus seulement une personne en difficulté qu'il faut secourir mais aussi une personne en devenir de citoyenneté active et à qui il faut donner le droit de vivre en société. Par le contrat d'intégration, le sujet est reconnu comme une personne autonome et responsable qui s'engage à participer à des actions d'insertion. Par son engagement, le sujet est libéré des liens de la protection, de l'assistance et de la dépendance. Fort bien !

Fort bien, mais... Un contrat établit un rapport dynamique entre les droits et les obligations de chacun. En signant, la société s'affirme ouverte, accessible aux apports de chacun et elle se doit donc d'apporter effectivement des voies d'insertion et du travail pour chacun. A défaut, le contrat d'intégration est un contrat de dupes qui, une fois de plus, fait reposer sur les épaules des plus fragiles la responsabilité de leur exclusion.

Fort bien, mais... Dans les faits, avec le contrat d'intégration, la possibilité de refuser un emploi existera-t-elle encore ? Dès que se présente un travail ou un petit boulot pour un revenu égal à celui du Minimex (21 800 FB pour un isolé), les " bénéficiaires " seront tenus d'accepter. Exit le concept d'emploi convenable. A eux les sous-statuts, contrats à durée déterminée, temps partiels, articles 60, activation des allocations, programmes de transition professionnelle, intérims, horaires décalés, travail ALE, domesticité. Promeneur de chien, ce n'est pas un métier !

Et pourtant si la volonté ou le courage politique existaient, des emplois de qualité et bien rémunérés pourraient être créés. Des centaines de milliards étaient disponibles pour une politique dynamique de l'emploi ; ils ont été sacrifiés au nom du libéralisme dans des réductions de cotisations patronales et dans la réforme fiscale. Et pourtant, une répartition plus équitable des richesses est possible, par exemple par une imposition sur les grosses fortunes (voir campagne CSC) ou une taxe sur les transactions financières (modèle Tobin).

Les femmes et les hommes, et le monde ouvrier en particulier, se sont battus pour le droit de vivre de leur travail et d'y trouver la reconnaissance de l'utilité sociale... Mais pas au prix de leur dignité et de leur liberté.

Bernard Kerger.

 


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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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