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Perspectives MOC n°9

Editorial - Oser l'exode

Il y a quelques mois d'ici je discutais avec une dame du village, une femme mariée, sans enfant... Elle avait choisi de prendre une pause carrière : elle voulait vivre une période plus "cool", faire des activités, s'ouvrir des horizons.

Dernièrement, je retrouve cette dame, perplexe, toute déconfite: " Je me sens glisser dans la déprime. " - me dit-elle - " Je perds confiance en moi, j'en arrive à me sentir nulle aux yeux des autres. Voyez-vous: pas d'emploi et même pas d'enfants pour "justifier" ce temps libéré ! Et pourtant j'aime bien ma vie actuelle. C'est mon choix, je ne regrette rien. Je suis plus souple dans mes horaires, je fais des choses que j'aime, je me suis plus engagée dans des associations qui ont du sens pour moi... Alors? Pourquoi ces états d'âme? "

Tout en méditant ces réflexions, je lis (coïncidence?!) André Gorz* qui, d'une certaine façon, contextualise cette réalité exprimée. Il rappelle que "le besoin impérieux d'un revenu suffisant et stable est une chose; le besoin d'agir, d'œuvrer, de se mesurer aux autres, d'être apprécié par eux est une chose distincte, qui ne se confond pas avec la première ". " Mais le capitalisme confond systématique-ment les deux choses et fonde sur cette confusion son pouvoir et son emprise idéologique ".

En effet, la logique du profit capitaliste perpétue le "travail" comme obligation et fondement irremplaçable des droits et de la dignité mais en même temps abolit massivement l'emploi rémunéré qui est un coût à limiter. Dans ce contexte, la compétition de tous contre tous sur le marché de l'emploi augmente la soumission de ceux qui ont un travail et qui s'estiment être de rares privilégiés.

Comment sortir de ce piège au travail que nous tend le capitalisme ? Il s'agit de déconnecter le "travail" et le droit d'avoir des droits, un revenu, une citoyenneté voire un épanouissement et une identité. Le travail doit perdre sa centralité dans la conscience, la pensée, l'imagination de tous.

Or, selon Gorz, enquêtes à l'appui, la mutation culturelle chez les gens a eu lieu. Ils aspirent à une vie plus détendue et multiactive. Le problème est dans le retard du politique à relayer cette évolution des mentalités par l'instauration de nouveaux droits, de nouvelles libertés, de nouvelles sécurités collectives pour que les activités et le temps choisis ne soient plus en marge de la société... pour que le travail ne soit qu'une des composantes de cette société du temps choisi et de la multiactivité.

Telles sont quelques réflexions d'un débat ouvert. Car " N'est-il pas urgent d'oser vouloir l'Exode de la "société du travail" et ouvrir notre regard pour apprendre à discerner dans le monde qui meurt et change les germes d'autres mondes possibles ? ".

Véronique Quinet

*: "Misères du présent, Richesses du possible" Galilée, 1997




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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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