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Perspectives MOC n°13

Faisons connaissance avec :
Jean-Marie et Marie-Rose Besonhé

 

Marie-Rose et Jean-Marie Besonhé, bénévoles dans les magasins du monde - Oxfam, sont partis cet été en mission d'observation en Palestine…

KN: Faisons connaissance, qui êtes-vous ?

Marie-Rose: Je suis née à Les Bulles en 47. Ma carrière professionnelle a été brève et brutale: du seul emploi que j'ai jamais eu, j'ai été virée pour action syndicale. Je me suis alors consacrée à mes 5 enfants tout en menant encore quelques actions à la JOC (dont j'ai même été présidente fédérale), à Vie Féminine, aux Equipes Populaires, entres autres.

Jean-Marie: Originaire de Florenville, j'ai le même âge que Marie-Rose. J'ai toujours travaillé en usine, à la Cellulose et aujourd'hui à L'Oréal où je suis délégué syndical. J'ai également été à la JOC et au Patro à Florenville. Mon parcours politique a été plutôt mouvementé: je me suis présenté aux premières élections européennes sur la liste du PTB, j'ai fait partie du Rassemblement Wallon et j'ai même fait partie du défunt SEP. Aujourd'hui, je ne suis plus d'aucun parti, mais je reste à gauche et en écologie.

KN: Pourquoi avez-vous décidé d'effectuer un voyage en Palestine? Quel(s) but(s) poursuiviez-vous?

M- R: J'ai toujours été touchée par le sort des palestiniens, et particulièrement par celui des kamikazes. Alors je me suis dit qu'en allant sur place, je pourrais témoigner avec plus de véracité en leur faveur. Parallèlement, les Magasins du Monde ont lancé un appel pour que des bénévoles se rendent en Palestine pour rencontrer des partenaires dont nous étions sans nouvelles.

J-M: Moi je ne pensais pas partir. L'idée a germé avec Oxfam et je me suis dit que ce serait une bonne manière de voir si mon opinion sur ce conflit était la bonne. C'est l'ABP ( Association Belgo-Palestinienne) qui nous a "formés" avant le départ: la discipline à adopter, les consignes de sécurité à respecter,... c'est important car le Mossad (ndlr: service de sécurité israélien) est partout, même à Zaventem!

M-R et J-M: L'envie de partir était là mais nous n'en n'avions pas les moyens financiers. Or, nous estimions que notre regard (celui du monde populaire) était important. Nous avons alors sollicité 70 personnes. En échange, nous nous sommes engagés à faire 70 séances d'informations à notre retour. Nous sommes donc partis grâce à la solidarité et aujourd'hui c'est solidaires avec les palestiniens, que nous témoignons. La solidarité, c'est important.

KN: Avez-vous réalisé vos objectifs?

M-R: En ce qui concerne les témoignages, nous effectuons actuellement des présentations avec dias, photos et vidéo sur demande (P.A.F.: 10 euros). Nous lançons d'ailleurs un appel aux gens qui seraient intéressés. La rencontre avec les partenaires sur place n'a pas été possible à cause des couvre-feux. Nous ne sommes cependant pas déçus parce que nous avons pu rencontrer d'autres ONG. Je suis aussi satisfaite car pour répondre aux accusations contre les kamikazes, je peux répondre ce que j'ai entendu là-bas dans la bouche d'un palestinien: "vivre ici, c'est mourir 100 fois tous les jours; alors des jeunes parfois choisissent de mourir une fois en frappant l'autre.".

KN: Et au niveau personnel, votre regard sur le conflit israélo-palestinien a-t-il changé depuis ce voyage?

J-M: Aujourd'hui je suis en colère contre l'Europe qui n'ose rien. Sur place, j'ai réalisé à quel point un israélien dénigre un arabe: à ses yeux, il est moins que rien. Cette négation de l'homme me scandalise. Comment comprendre que l'Etat d'Israël, qui est ultra sécuritaire, ne soit pas sécurisé? C'est toute l'absurdité de leur politique!

M-R: Je suis aussi choquée par l'attitude de l'Europe mais aussi par celle des médias: l'information que nous recevons est trafiquée. Il faut être extrêmement critique par rapport à ce qu'on nous donne à lire ou à voir.

KN: Parlez-nous des conditions de vie des palestiniens…

J-M: Le palestinien est une merde pour l'israélien : il ne peut rien faire sans son bon vouloir. Des besoins élémentaires: manger, se soigner, se déplacer… sont niés.

M-R: Ce qui m'a impressionnée ce sont leurs habitations. Elles abritent des familles nombreuses sous couvre-feu: imaginez-vous 15 personnes qui vivent 24 heures sur 24 dans un appartement d'une vingtaine de mètres carrés! A Jérusalem, nous avons notamment visité des maisons devenues insalubres: les colons louent ou achètent les étages supérieurs avec de l'argent américain. Ils balancent alors leurs ordures sur les Palestiniens qui doivent tendre des treillis au-dessus de leurs cours pour se protéger, les habitants brûlent de l'encens toute la journée pour couvrir les odeurs nauséabondes.

KN: Et les israéliens?

J-M: Ils sont des dieux puisqu'ils disposent du droit de vie et de mort sur les palestiniens.

M-R: Ce qui est choquant c'est le contraste entre les deux. Une société à l'européenne pour les israéliens: de belles routes, des constructions modernes, la propreté. Du côté arabe: le chaos. Ces humiliations imposées sont dures à regarder.

KN: Quel est le plus mauvais souvenir que vous garderez de ce voyage?

J-M et M-R: Un coopérant belge qui a été odieux. Il a tenu des propos injurieux à propos d'un palestinien qui ne le comprenait pas. Il a traité les ONG palestiniennes de "pompes à fric". Son attitude nous a choqués et nous avons d'ailleurs interpellé le Secrétaire d'Etat à la Coopération au développement, Eddy Boutmans dès notre retour en lui demandant des sanctions. La Palestine n'a vraiment pas besoin de ce genre d'individu.

KN: Et votre plus beau souvenir?

M-R: C'est ma rencontre avec une femme palestinienne qui travaillait dans une ONG pour nourrir sa famille. Elle était tellement fière de subvenir à ses besoins. Son visage était lumineux. Ca m'a fait chaud au cœur de la rencontrer parce qu'elle se bat pour demain. Elle était pleine d'espoir! Impressionnant.

J-M: Lors d'une halte de notre car, nous avons permis à des enfants et des hommes de sortir un peu de chez eux car nous leur avons servi de bouclier humain. Il y avait un char israélien en face de nous qui nous pointait du canon et qui aurait sûrement tiré sur ces civils sans notre présence. Nous leur avons permis de souffler un peu et ils nous ont offert un peu de pastèque.

KN: Croyez-vous qu'une paix soit encore possible?

J-M et M-R: Oui, mais il faudra beaucoup de temps. Il faut en tout cas tout faire pour que ces gens se parlent. Renouer le dialogue, c'est essentiel pour arriver à reconstruire une paix durable et non la paix des cimetières voulue par Sharon.

KN: Comment concrètement, pouvons-nous soutenir les palestiniens et œuvrer pour une pacification?

J-M et M-R: Il faut donner des signaux de solidarité aux palestiniens, il faut interpeller nos hommes politiques, écrire à l'ambassade d'Israël à Bruxelles. Concrètement, il y a une manifestation tous les vendredis devant l'ambassade et devant la Bourse. Il faut organiser des soirées d'informations (nous sommes disponibles). Et pourquoi pas partir là-bas en mission d'observation ? Surtout, ne baissons pas les bras!


Pour en savoir plus:

Association belgo-palestinienne
Quai du Commerce, 9
1000 Bruxelles
Tél.: 02/223.07.56
Fax.: 02/250.12.63
Site internet: www.association-belgo-palestinienne.be/

Jean-Marie et Rose-Marie Besonhé
Rue du Progrès, 24
6880 Bertrix
Tél. et fax: 061/41.21.02

Idée lecture:
"Retour de Palestine: mission d'observateurs civils", paru aux éditions Vista, 10,50 euros. Disponible au MOC: 063/218.733

 


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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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