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Marie-Rose
et Jean-Marie Besonhé, bénévoles dans les magasins
du monde - Oxfam, sont partis cet été en mission d'observation
en Palestine
KN: Faisons
connaissance, qui êtes-vous ?
Marie-Rose:
Je suis née à Les Bulles en 47. Ma carrière
professionnelle a été brève et brutale: du
seul emploi que j'ai jamais eu, j'ai été virée
pour action syndicale. Je me suis alors consacrée à
mes 5 enfants tout en menant encore quelques actions à la
JOC (dont j'ai même été présidente fédérale),
à Vie Féminine, aux Equipes Populaires, entres autres.
Jean-Marie:
Originaire de Florenville, j'ai le même âge que Marie-Rose.
J'ai toujours travaillé en usine, à la Cellulose et
aujourd'hui à L'Oréal où je suis délégué
syndical. J'ai également été à la JOC
et au Patro à Florenville. Mon parcours politique a été
plutôt mouvementé: je me suis présenté
aux premières élections européennes sur la
liste du PTB, j'ai fait partie du Rassemblement Wallon et j'ai même
fait partie du défunt SEP. Aujourd'hui, je ne suis plus d'aucun
parti, mais je reste à gauche et en écologie.
KN: Pourquoi
avez-vous décidé d'effectuer un voyage en Palestine?
Quel(s) but(s) poursuiviez-vous?
M- R: J'ai toujours
été touchée par le sort des palestiniens, et
particulièrement par celui des kamikazes. Alors je me suis
dit qu'en allant sur place, je pourrais témoigner avec plus
de véracité en leur faveur. Parallèlement,
les Magasins du Monde ont lancé un appel pour que des bénévoles
se rendent en Palestine pour rencontrer des partenaires dont nous
étions sans nouvelles.
J-M: Moi je
ne pensais pas partir. L'idée a germé avec Oxfam et
je me suis dit que ce serait une bonne manière de voir si
mon opinion sur ce conflit était la bonne. C'est l'ABP (
Association Belgo-Palestinienne) qui nous a "formés"
avant le départ: la discipline à adopter, les consignes
de sécurité à respecter,... c'est important
car le Mossad (ndlr: service de sécurité israélien)
est partout, même à Zaventem!
M-R et J-M:
L'envie de partir était là mais nous n'en n'avions
pas les moyens financiers. Or, nous estimions que notre regard (celui
du monde populaire) était important. Nous avons alors sollicité
70 personnes. En échange, nous nous sommes engagés
à faire 70 séances d'informations à notre retour.
Nous sommes donc partis grâce à la solidarité
et aujourd'hui c'est solidaires avec les palestiniens, que nous
témoignons. La solidarité, c'est important.
KN: Avez-vous
réalisé vos objectifs?
M-R: En ce qui
concerne les témoignages, nous effectuons actuellement des
présentations avec dias, photos et vidéo sur demande
(P.A.F.: 10 euros). Nous lançons d'ailleurs un appel aux
gens qui seraient intéressés. La rencontre avec les
partenaires sur place n'a pas été possible à
cause des couvre-feux. Nous ne sommes cependant pas déçus
parce que nous avons pu rencontrer d'autres ONG. Je suis aussi satisfaite
car pour répondre aux accusations contre les kamikazes, je
peux répondre ce que j'ai entendu là-bas dans la bouche
d'un palestinien: "vivre ici, c'est mourir 100 fois tous les
jours; alors des jeunes parfois choisissent de mourir une fois en
frappant l'autre.".
KN: Et au
niveau personnel, votre regard sur le conflit israélo-palestinien
a-t-il changé depuis ce voyage?
J-M: Aujourd'hui
je suis en colère contre l'Europe qui n'ose rien. Sur place,
j'ai réalisé à quel point un israélien
dénigre un arabe: à ses yeux, il est moins que rien.
Cette négation de l'homme me scandalise. Comment comprendre
que l'Etat d'Israël, qui est ultra sécuritaire, ne soit
pas sécurisé? C'est toute l'absurdité de leur
politique!
M-R: Je suis
aussi choquée par l'attitude de l'Europe mais aussi par celle
des médias: l'information que nous recevons est trafiquée.
Il faut être extrêmement critique par rapport à
ce qu'on nous donne à lire ou à voir.
KN: Parlez-nous
des conditions de vie des palestiniens
J-M: Le palestinien
est une merde pour l'israélien : il ne peut rien faire sans
son bon vouloir. Des besoins élémentaires: manger,
se soigner, se déplacer
sont niés.
M-R: Ce qui
m'a impressionnée ce sont leurs habitations. Elles abritent
des familles nombreuses sous couvre-feu: imaginez-vous 15 personnes
qui vivent 24 heures sur 24 dans un appartement d'une vingtaine
de mètres carrés! A Jérusalem, nous avons notamment
visité des maisons devenues insalubres: les colons louent
ou achètent les étages supérieurs avec de l'argent
américain. Ils balancent alors leurs ordures sur les Palestiniens
qui doivent tendre des treillis au-dessus de leurs cours pour se
protéger, les habitants brûlent de l'encens toute la
journée pour couvrir les odeurs nauséabondes.
KN: Et les
israéliens?
J-M: Ils sont
des dieux puisqu'ils disposent du droit de vie et de mort sur les
palestiniens.
M-R: Ce qui
est choquant c'est le contraste entre les deux. Une société
à l'européenne pour les israéliens: de belles
routes, des constructions modernes, la propreté. Du côté
arabe: le chaos. Ces humiliations imposées sont dures à
regarder.
KN: Quel
est le plus mauvais souvenir que vous garderez de ce voyage?
J-M et M-R:
Un coopérant belge qui a été odieux. Il a tenu
des propos injurieux à propos d'un palestinien qui ne le
comprenait pas. Il a traité les ONG palestiniennes de "pompes
à fric". Son attitude nous a choqués et nous
avons d'ailleurs interpellé le Secrétaire d'Etat à
la Coopération au développement, Eddy Boutmans dès
notre retour en lui demandant des sanctions. La Palestine n'a vraiment
pas besoin de ce genre d'individu.
KN: Et votre
plus beau souvenir?
M-R: C'est ma
rencontre avec une femme palestinienne qui travaillait dans une
ONG pour nourrir sa famille. Elle était tellement fière
de subvenir à ses besoins. Son visage était lumineux.
Ca m'a fait chaud au cur de la rencontrer parce qu'elle se
bat pour demain. Elle était pleine d'espoir! Impressionnant.
J-M: Lors d'une
halte de notre car, nous avons permis à des enfants et des
hommes de sortir un peu de chez eux car nous leur avons servi de
bouclier humain. Il y avait un char israélien en face de
nous qui nous pointait du canon et qui aurait sûrement tiré
sur ces civils sans notre présence. Nous leur avons permis
de souffler un peu et ils nous ont offert un peu de pastèque.
KN: Croyez-vous
qu'une paix soit encore possible?
J-M et M-R:
Oui, mais il faudra beaucoup de temps. Il faut en tout cas tout
faire pour que ces gens se parlent. Renouer le dialogue, c'est essentiel
pour arriver à reconstruire une paix durable et non la paix
des cimetières voulue par Sharon.
KN: Comment
concrètement, pouvons-nous soutenir les palestiniens et uvrer
pour une pacification?
J-M et M-R:
Il faut donner des signaux de solidarité aux palestiniens,
il faut interpeller nos hommes politiques, écrire à
l'ambassade d'Israël à Bruxelles. Concrètement,
il y a une manifestation tous les vendredis devant l'ambassade et
devant la Bourse. Il faut organiser des soirées d'informations
(nous sommes disponibles). Et pourquoi pas partir là-bas
en mission d'observation ? Surtout, ne baissons pas les bras!
Pour en savoir plus:
Association
belgo-palestinienne
Quai du Commerce, 9
1000 Bruxelles
Tél.: 02/223.07.56
Fax.: 02/250.12.63
Site internet: www.association-belgo-palestinienne.be/
Jean-Marie
et Rose-Marie Besonhé
Rue du Progrès, 24
6880 Bertrix
Tél. et fax: 061/41.21.02
Idée
lecture:
"Retour de Palestine: mission d'observateurs civils",
paru aux éditions Vista, 10,50 euros. Disponible au MOC:
063/218.733
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