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Quand on sait qu'Astrid Gillet (née Thirion
) a vu le jour dans le village natal du Chanoine Renauld, co-fondateur
du Mouvement Ouvrier Chrétien de la province du Luxembourg,
on comprend peut-être mieux pourquoi Astrid est une figure
tellement marquante du MOC provincial et de Vie Féminine
en particulier. Le 1er mai de cette année, correspond pour
elle au départ en prépension, cela signifie-t-il que
nous ne la verrons plus pousser un coup de gueule lors d'un conseil
fédéral du MOC? Rien n'est moins sûr! Faisons
tout d'abord connaissance
KN: Qui êtes-vous?
AG: Je suis née le 3 février 1948
à Mogimont. Mon papa était un petit indépendant
dans la construction et maman, mère au foyer. J'ai un frère
qui a six ans de moins que moi. J'ai fait mes études secondaires
au pensionnat de l'école des surs de Beauraing. Je
me suis mariée à 18 ans avec André Gillet de
Nollevaux. Nous avons emménagé à Paliseul où
nous habitons toujours.
KN: Avez-vous des enfants?
AG: Je me suis mariée en 1966 et de 1968
à 1970, j'ai eu trois enfants: un garçon et deux filles.
Ils sont aujourd'hui tous mariés et nous ont donné
plein de petits enfants, nous attendons le petit septième
pour le mois d'Août.
KN: Comment êtes-vous entrée
à Vie Féminine?
AG: Je pense que cela doit remonter en 72 ou 73,
une dame de Paliseul m'a invitée à participer aux
réunions de la section locale et cela m'a tout de suite beaucoup
plu. J'aimais bien le côté "féministe"
des choses. En plus nous avions avec nous une dame qui participait
au Comité fédéral et qui venait nous rapporter
ce qui s'y disait, cela voulait dire qu'elle nous apportait plein
d'idées nouvelles sur beaucoup de choses et ça j'ai
vraiment adoré. Je me suis tout de suite sentie très
complice de cette personne. A un point tel qu'en 1978, elle m'a
demandé de la remplacer au Comité et je n'ai pas hésité
une seconde. Là, je peux dire que le travail m'a fascinée!
KN: Qu'est-ce qui vous semblait si intéressant
dans cette implication?
AG: La fédération d'Arlon a toujours
été reconnue pour sa grande implication politique.
Il y avait des choses très fortes qui étaient débattues
en terme de revendications. Je devais entre autres les répercuter
dans ma section locale. Le Comité fédéral était
pour moi l'endroit où j'allais chercher l'impulsion, ce que
j'aimais bien c'est que les femmes embrayaient bien sur ces idées.
La meilleure preuve c'est que nous avons organisé pas mal
de journées d'étude à Paliseul pour la province,
notamment, en 1988, une qui avait pour thème : "Familles,
jardin privé, espace public".
KN: Vous avez fait tout ce travail en tant
que bénévole?
AG: Non, pas uniquement, j'ai été
engagée comme animatrice à mi-temps en 1985. Cela
tombait bien car mes enfants étaient tous sortis du nid.
A ce moment j'ai donc dû céder ma place au Comité.
J'ai été très contente de passer le pas et
on m'a alors confié la mission de développer le secteur
de Libramont, c'est ce que j'ai fait avec mon équipe de secteur
jusqu'à aujourd'hui et en cours de route, je me suis ajoutée
une casquette de déléguée syndicale!
KN: Parlez-nous un peu de cet engagement syndical
à Vie Féminine, comment cela s'est-il passé?
AG: J'ai été approchée pour
faire partie de cette délégation syndicale lors de
la première semaine d'étude à laquelle j'ai
participé comme professionnelle. Il faut se replacer dans
le contexte de l'époque: en 1985, parler de syndicat à
Vie Féminine, c'était dur dur, il y avait beaucoup
de réticences. André Malraux disait: "La culture
ne s'hérite pas, elle se conquiert", je peux dire qu'il
en est de même pour la culture syndicale. Néanmoins,
je m'y suis beaucoup investie parce que j'estime qu'un employeur
et un employé ont de bonnes relations quand le cadre qui
définit ces relations est clair. Cela est d'autant plus important
qu'aujourd'hui, les employées ne sont plus issues de la militance.
La première délégation syndicale nationale
date donc de janvier 1986 et je suis très fière de
pouvoir dire que j'ai contribué à une certaine modification
dans la manière de travailler! Les mentalités ont
pu évoluer et c'est heureux!
KN: Qui était à la barre de
cette délégation syndicale depuis toutes ces années?
AG: Au niveau provincial, c'était moi. J'estime
que l'importance d'une délégation syndicale est primordiale
dans une entreprise. Je m'en suis rendue compte notamment quand
mon mari a été victime à deux reprises d'accidents
de travail chez Electrabel: que peut faire un ouvrier seul face
à un mammouth? Cette question m'a motivée tout au
long de ces années. Lorsque Vie Féminine a réalisé
son audit en 2002 et qu'il a fallu restructurer, ça a été
une année très très difficile mais nous nous
sommes battues pour faire valoir le mérite de la fédération
du Luxembourg à bien des égards. Nous avons été
entendues et cela me permet de ne pas en sortir top amère,
voir même d'en retirer une satisfaction.
KN: J'ai entendu dire que vous aviez d'autres
engagements très importants
AG: J'ai succédé à mon mari
au CPAS de Paliseul pour la durée de trois mandats de 1982
à 2000. Quel travail passionnant! Ca m'a "bouffée"
parce que je m'investissais beaucoup dans les dossiers mais, j'étais
reconnue par des hommes pour le travail que je fournissais: quelle
satisfaction! Ensuite, j'ai un mandat de déléguée
aux activités sociales à la Croix-Rouge locale, cela
me prend aussi beaucoup de temps, je coordonne plusieurs équipes
de bénévoles car nous gérons trois véhicules
VSL
(Véhicule Sanitaire Léger), une vestiboutique et un
PMS (Prêt matériel sanitaire). Nous allons pour la
deuxième fois engager une personne à mi-temps dans
le cadre du plan activa. J'ai encore d'autres engagements mais je
me limiterai à ceux de déléguée CSC
à l'ALE de Paliseul et administrateur à la Mutualité
Chrétienne
KN: Quelle vie bien remplie!
AG: Oui, quand je regarde derrière moi, je
me demande où sont passées ces 20 années? Tout
ce que j'ai fait m'a passionnée mais le prix à payer
a parfois été lourd. Ce qui m'a sauvée au niveau
organisation, c'est que j'ai toujours fait une grande distinction
entre ma vie privée, ma vie professionnelle et ma vie sociale.
Ce cloisonnement m'a permis de ne pas me laissée submerger.
KN: En portant un regard sur le passé,
quel sera, au niveau professionnel votre plus grande fierté
et, à contrario, un regret?
AG: Ma grande fierté, c'est l'organisation
d'une grande soirée débat à Paliseul sur le
thème de la pauvreté dans la province. C'était
à l'occasion de la sortie du livre blanc sur la pauvreté,
nous y avons rassemblé plus de 250 personnes. C'est une soirée
où j'ai vibré! Nous en avons longtemps senti les effets:
les mentalités des gens qui disaient des minimexés:
"tous des profiteurs" ont changé. Mon grand regret,
c'est que le mouvement n'ait pas maintenu le nombre de ses membres.
Je tiens cependant à dire que ce fut pour moi une merveilleuse
école de vie mais à condition de ne pas s'y identifier.
KN: Comment voyez-vous l'avenir de Vie Féminine?
AG: Une chose est sûre, le mouvement ne sera
plus jamais ce qu'il a été. J'imagine un service administratif
dans les diverses régions avec quelques antennes qui gravitent
autour, tout ceci défini par l'Audit. Quant à l'organisation,
au fonctionnement,
l'avenir nous apprendra si ce choix est
judicieux? De toute évidence, avant les structures étaient
au service de la base et aujourd'hui c'est l'inverse. C'est un gros
bouleversement qui n'est pas facile à vivre tant pour les
bénévoles que pour les professionnelles. Ce qui est
sûr c'est que les prochaines élections sociales qui
auront lieu en 2004 seront cruciales il s'agira pour le personnel
du Luxembourg (services et animations) de figurer sur les listes
car nous avons des spécificités à défendre.
KN: Et qu'allez-vous faire maintenant?
AG: Je souhaitais cette prépension parce
que j'estime pouvoir à présent choisir ce que je veux
faire. Je continuerai à remplir mes différents mandats,
notamment au Conseil fédéral du MOC, si je peux, et
pourquoi pas m'investir à présent dans la commission
des aînés du MOC? Je vais aussi donner plus d'importance
à mon côté "sucré": mes petits-enfants.
Chaque année je les emmène tous à la mer. L'aîné
a 11 ans et le petit dernier va arriver dans quelques semaines,
je me réjouis de profiter un maximum de mon statut de mamy!
Karinne Noiret
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