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Pendant trois
jours, à Floreffe, la semaine d'étude de Vie Féminine
a rassemblé plus de cinq cents femmes pour débattre
de la question du corps de la femme, du corps des femmes. Annoncer
que l'on va prendre du temps pour aborder ce thème entraîne
automatiquement des petits sourires et des remarques ironiques.
Pourtant, quand on y réfléchit, on constate que beaucoup
de monde s'occupe du corps des femmes. On peut commencer par la
mode, la publicité, l'industrie des cosmétiques, le
sport ou le commerce. Le monde médical y attache une importance
toute particulière avec de bonnes et de moins bonnes raisons
; les législations des pays y consacrent des chapitres alors
que les différentes religions auraient plutôt tendance
à le cacher et à l'enfermer.
Aussi, quoi de plus normal que les femmes, à leur tour, aient
envie de parler de leur corps.
D'emblée,
la parole a été donnée aux femmes. A partir
d'un moment de leur vie ou de celle d'une femme de leur entourage,
elles ont été invitées à raconter comment
le corps des femmes n'a pas été respecté dans
son intégrité physique ou morale. Ces témoignages,
recueillis en petits groupes, ont permis aux femmes de mettre des
mots sur leurs histoires , d'établir des liens avec les histoires
des autres participantes et de mettre en évidence les points
communs. Parler de ses souvenirs parfois enfouis profondément,
n'est certainement pas facile mais peut aider à prendre un
certain recul par rapport à la situation.
L'étape de l'expression a donné aux femmes l'occasion
d'identifier plusieurs thématiques telles que la question
de la maternité, l'instrumentalisation de celle-ci par le
monde médical, le contrôle moral de la société
sur le nombre d'enfants, sur leur sexe, sur la décision de
ne pas avoir d'enfant.
" La norme physique ", cette référence imposée
par la société de consommation et de commerce qui
exclut toutes les personnes et en particulier les femmes qui ne
rentrent pas dans le moule représentait une autre des thématiques
largement abordées au cours de ces journées.
L'utilisation, la marchandisation du corps des femmes ainsi que
toutes les violences dont les femmes sont les victimes ont également
retenu l'attention des participantes à la semaine d'étude.
Pour poursuivre le travail d'analyse, Chris Paulis, Docteur en anthropologie
sociale, nous a entraînées à travers son exposé,
dans la mémoire collective qui situe les femmes tantôt
fragiles, instables, inférieures tantôt courageuses,
solides, fortes mais toujours porteuses d'un devoir éternel,
celui de procréer. Cet état des choses a maintenu
les femmes très longtemps éloignées de la vie
sociale et politique. La nature a souvent été utilisée
pour séparer les rôles des deux sexes et ce n'est que,
petit à petit, que les femmes des sociétés
nord-occidentales ont acquis des droits et des systèmes égalitaires.
Les femmes ont acquis des libertés qu'elles ne savent pas
nécessairement utiliser. Pour Chris Paulis, c'est pourtant
là un enjeu capital car nous devons apprendre et oser appliquer
ces libertés et ces droits. Les rôles définis
à chacun ne pourront évoluer que si les femmes elles-mêmes
y contribuent sans ambiguïté et sans rivalité
avec les hommes.
Au cours de
ces trois journées, nous nous sommes essayées par
la fantaisie, l 'humour, la dérision à la déconstruction
systématique des normes, des moules, des modèles,
des gabarits dans lesquels la société veut enfermer
le corps des femmes. Nous avons compris que nous avions encore un
long chemin à parcourir ; la solidarité entre toutes
les femmes sensibles à ces questions sera nécessaire
pour faire évoluer la situation au travers de législations
adéquates mais surtout en travaillant sur les mentalités
tant des femmes que des hommes. Nous devons surtout être attentives
aux trop nombreuses femmes confrontées à des pressions
inacceptables que ce soit au sein de leur famille ou dans leur milieu
professionnel et qui ne disposent pas d'un espace leur permettant
d'agir.
A Vie Féminine,
" Faire mouvement " prend tout son sens quand nous décidons
d'agir ensemble pour que les femmes deviennent les " décideuses
" réelles, critiques et résolues de tout ce qui
peut toucher leur corps.
Claudine
Marx, Responsable régionale de Vie Féminine.
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