|
Annick Burnotte,
permanente CIEP, quitte le MOC Luxembourg pour reprendre les rênes
de Vie Féminine Luxembourg. Claudine MARX, la responsable
régionale depuis 13 ans, s'en va en prépension et
lui cède sa place. Ces deux femmes ont répondu à
nos questions avec tout le dynamisme nécessaire à
la défense de la cause féministe
KN: En vous croisant toutes les deux, une qui entre et l'autre
qui sort, qu'avez-vous envie de vous dire ?
CM: Ces dernières
années, Vie Féminine a beaucoup changé. Nous
avons connu beaucoup d'inquiétudes mais nous avons essayé
que nos membres retrouvent confiance dans un mouvement qui a toute
sa place dans la société actuelle
L'égalité
entre hommes et femmes n'est toujours pas à l'ordre du jour.
Un bout de chemin a été parcouru. Aujourd'hui, je
donne à Annick les clefs qui, je l'espère, lui permettront
d'offrir un espace de créativité et d'espoir pour
les femmes.
AB: J'ai, quant
à moi, envie de dire merci à Claudine pour tout le
travail politique qu'elle a accompli pendant 13 ans au service des
femmes de la province. J'essaierai de tenir le flambeau et de relever
ce défi.
KN: Quelles
étaient/sont les motivations qui vous ont poussées/poussent
à postuler comme responsable de Vie Féminine?
CM: Les circonstances
de ma candidature sont encore très claires dans mon esprit.
Je travaillais à l'époque comme aide familiale. Mon
travail me plaisait mais j'étais assez frustrée des
limites qui m'étaient imposées. Sur le terrain, je
constatais les difficultés rencontrées par les femmes
(inégalités, accès au logement, soins de santé,
)
mais je ne pouvais pas aller jusqu'à porter leurs revendications.
Postuler comme responsable de Vie Féminine me permettait
d'aller plus loin et de ne pas me cantonner à des constats.
Le combat politique m'intéressait. Je l'ai entamé
le 17 décembre 1990.
AB: Il y a différents
éléments qui m'ont poussée à postuler
comme responsable. D'abord relever le défi qui consiste en
un rajeunissement des membres et une diversification des activités.
Ensuite tout ce travail à mener avec les femmes pour les
emmener plus loin. Enfin, le combat à mener pour défendre
la place de la femme. Mon envie de changements et de nouveautés
complète le tableau de mes motivations.
KN: Comment
qualifieriez-vous en trois mots la place de la femme aujourd'hui
dans notre société et pourquoi?
CM: Je choisis:
"alibi", "dévalorisation" et "rôle".
"Alibi" parce qu'aujourd'hui on tente de nous faire croire
que la place de la femme dans la société est en train
de changer en mettant en avant ce que j'appelle des "femmes-alibis".
Elles sont peu nombreuses mais servent d'exemples pour toutes les
autres: "Regardez! Elles ont réussi
". En
réalité, rien ne change. Les lois sont là mais
elles ne servent pas aux femmes. Si je parle de "dévalorisation",
c'est par rapport aux métiers exercés par les femmes.
Quand des métiers se féminisent (enseignants, médecins,
),
ils sont souvent dévalorisés. Les seuls métiers
restant davantage une prérogative masculine se retrouvent
dans le domaine scientifique et ceux-là restent bien vus
Le mot "rôle", je l'ai choisi parce qu'aujourd'hui
on maintient encore les femmes dans leur rôle: le partage
des tâches ménagères, la femme douce, serviable,
qui doit veiller à tout,
Les femmes ont beaucoup de
devoirs. Dès la conception, quand on sait si on attend un
garçon ou une fille, on véhicule des images selon
son sexe. Quelle est la part de l'inné et du culturel là-dedans?
AB: Je choisis:
"sous-représentée", "bas salaire"
et "enfant". "Sous-représentée"
parce que tant au niveau des politiques, que des directions d'entreprises
et des postes à responsabilité, les femmes restent
trop peu présentes alors qu'elles constituent tout de même
50% de la population. J'ai choisi "bas salaire" parce
que les femmes soit parce qu'elles occupent des temps partiels,
soit parce qu'elles sont sous-qualifiées ou encore parce
qu'elles exercent des métiers typiquement féminins,
restent cantonnées dans des métiers mal payés.
Le mot "enfant" est important aussi parce que cela doit
rester un choix, pour une femme, d'en avoir ou pas. Elle doit en
même temps pouvoir l'accueillir tout en s'épanouissant
notamment, si elle le désire, via une garde d'enfant correcte.
KN: Et quels
sont les trois mots qui pourraient être dits pour décrire
la place de la femme dans la société si Vie Féminine
réussissait son combat?
AB et CM (ensemble):
Un seul mot suffirait: égalité. Alors, nous aurons
tout gagné!
KN: Pensez-vous
que dans notre province, la situation des femmes soit différente?
CM: Je pense
qu'elles sont encore plus fragiles qu'ailleurs car, en plus du reste,
elles vivent des difficultés d'accès à une
série de choses. La mobilité est un problème
majeur (comment aller au travail, en formation, et conduire ses
enfants en garde?). S'il n'y a pas de structures suffisantes, cela
veut dire aussi pas d'accès à la culture. Je prends
un exemple concret: j'habite à 10 kms d'Arlon, je travaille
au GB d'Arlon, j'ai deux enfants et je ne dispose pas de voiture
Comment est-ce que je fais pour conduire mes enfants à
l'école, faire mes courses et aller travailler? Les bus dans
la province, c'est une fois le matin et une fois le soir. Pendant
les congés scolaires n'en parlons pas! Pour une femme en
ville, c'est plus facile: avec le métro, le bus, le tram,
le taxi,
AB: L'accès
au logement est problématique aussi: le coût est très
élevé pour un couple et donc pour une femme seule
c'est encore bien pire. Dans le cas d'une famille monoparentale,
c'est pratiquement impossible ou alors avec des conditions précaires.
Cette précarisation est d'ailleurs inquiétante car
elle s'avance de communes en communes et elle gagne progressivement
l'intérieur de la province.
CM: La non-mobilité
est synonyme de solitude pour les femmes.
KN: Puisque
vous vous connaissez bien toutes les deux, pouvez-vous dire quels
sont vos points communs et vos différences?
CM: Je pense
qu'Annick aura envie, comme moi, de partir du vécu des gens,
de garder l'attache au terrain pour aller vers la dimension politique.
AB/CM: Nous
avons toutes les deux nos racines à Gouvy!
AB: Je pense
que nous aimons toutes les deux la dimension politique et que nous
avons un goût pour les revendications.
CM: Peut-être
aussi que pour moi, le fait d'avoir eu quatre filles et pour Annick
d'avoir quatre surs; ça conditionne !
KN: Et les
différences?
CM: Je suis
sûre qu'Annick est plus ordonnée que moi. Il y aussi
le fait qu'Annick décroche ce job à 35 ans alors que
moi j'en avais 40. Je trouve que c'est une différence aussi.
AB: Moi, je
ne suis pas trop littéraire, je suis sûre que Claudine
a plus de facilités que moi à voir les enjeux qui
se cachent derrière un texte. Elle a aussi une plus grande
aisance dans l'écriture.
KN: Que vont
devenir les journées de Claudine maintenant?
CM: Je vais
d'abord faire un break, je n'ai pas envie de me précipiter
dans quelque chose pour m'occuper. J'ai envie de pouvoir faire des
choix: Je vais donc prendre le temps de penser et aussi
de
tapisser!
KN: Avez-vous
envie de dire un mot de conclusion?
CM: Je souhaite
que d'une manière globale, tout le monde prenne conscience
que l'égalité hommes --femmes n'est pas un gadget,
que ça concerne tout le monde, pas seulement les femmes.
Au niveau du mouvement, je sais que nous avons vécu des moments
difficiles, les changements opérés ont été
lourds à vivre. Mais je pense surtout que l'on doit les envisager
comme une véritable chance à saisir pour en faire
un réel outil de démocratie.
AB: Quant à
moi, je voudrais mettre l'accent sur le fait que la vie du mouvement
se fera en équipe avec les animatrices, les bénévoles
et les femmes extérieures. Ensemble, nous ferons en sorte
que Vie Féminine soit écoutée dans la province.
Vie Féminine
Rue des Déportés, 39
6700 Arlon
Tél: 063/22.56.25.
Fax: 063/23.48.88.
|