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Les pays communistes de l'Est, l'Amérique latine des dictatures,
l'Orient indochinois, l'Inde hésitante, la puissante Chine
maoïste, l'Afrique sinistrée se sont alignés
aux lois du FMI, de la Banque mondiale ou de l'OMC. La démocratie
libérale capitaliste triomphe. Certes quelques îlots
intégristes résistent mais cèdent de gré
ou de force les uns après les autres. La résistance
y est d'ailleurs plus culturelle que politique ou économique.
Au nom du réalisme,
la liberté la plus grande est laissée à la
main invisible du marché et les jeux de l'économie
gouvernent le monde. La théorie économique nous persuade
que notre survie est liée à la répartition
de l'infime marge laissée par la mondialisation du capital.
Les cultures sont marchandisées et s'abîment dans la
globalisation. La politique gestionnaire se résume dans le
concept de consensus. Ce réalisme contraint à la pensée
unique et à la fin de l'histoire.
Et bien, ce
sont ce consensus réducteur des possibles et cette pensée
unique de la fatalité que le mouvement ouvrier doit refuser.
Le pragmatisme étouffe l'espoir alors que " L'acte de
penser se situe toujours dans une déviance, dans une marginalité,
dans un refus de soumission aux idées dominantes " (E
Morin). Le mouvement ouvrier veut ouvrir les portes à l'utopie.
Certes l'utopie
est dangereuse - et les conservateurs ne manqueront pas de le rappeler-
si elle prétend réaliser l'harmonie parfaite, éliminer
la douleur et le conflit, rendre chaque individu transparent. L'histoire
de la modernité nous l'a appris avec Robespierre et l'utopie
républicaine de l'intégration citoyenne ou avec Hitler
et l'utopie nationaliste de la pureté ethnique ou encore
avec Staline et l'utopie communiste de l'uniformité économique.
Oui bien sûr, mais sans utopie, sans représentation
volontariste de l'avenir, le présent se ramène à
l'immédiateté, la société à la
jungle des rivalités, l'histoire humaine à la prévalence
de la marchandise.
L'utopie ouvrière,
c'est l'aspiration à une société meilleure
où il y aurait plus de justice pour tous. Cette utopie peut
s'alimenter sur trois piliers historiques de la pensée ouvrière.
Pour réduire les inégalités, le système
de protection sociale est certes un outil important de la redistribution
des revenus mais nous devons aussi intervenir au cur, sur
le système productif et sur le partage entre salaires et
profits. Pour réduire les inégalités, nous
devons proposer une alternative à la libéralisation
économique globalisée et inventer de nouvelles régulations
reposant sur une mondialisation de la politique. Pour réduire
les inégalités, nous devons veiller à ce que
la démocratie s'affermisse dans le champ politique et s'établisse
dans celui de l'entreprise.
A ceux qui,
au nom du libéralisme, préconise encore plus de réalisme
économique et moins d'utopie politique, répondons
par l'inusable formule du père Lacordaire (1848) : "
Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le
maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime
et la loi qui affranchit. "
Bonne année
2004, pleine d'utopies joyeuses pour donner du souffle à
l'égalité.
Bernard Kerger
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