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Perspectives MOC n°20

Faisons connaissance avec :
Le Centre des Immigrés Namur - Luxembourg

 

Nous avons rencontré Marylène Van Laethem qui travaille au Centre des Immigrés Namur - Luxembourg (CINL). Elle nous éclaire sur ce Centre et le vécu des personnes étrangères en Belgique.


KN: Comment fonctionne le Centre ?

MVL: Le Centre des Immigrés Namur - Luxembourg est un service. Attention, à ne pas confondre avec un centre d'accueil pour demandeurs d'asile. Nous sommes un service social pour étrangers, ouvert à tous. Nous avons deux bureaux : un à Namur et un autre à Libramont, au-dessus de la CSC à la rue du Vicinal. Nous sommes deux à travailler à Libramont: Valéry Hubert et moi-même. Nous avons deux permanences par semaine (le lundi matin et le mercredi après-midi) à Libramont. Là, étrangers et Belges viennent nous trouver pour être informés ou accompagnés dans leurs démarches que ce soit au niveau de la procédure d'asile, du droit au séjour, du regroupement familial, de la procédure de naturalisation, de l'aide sociale, du logement, etc. Depuis début mars, une nouvelle permanence sociale s'est ouverte à Arlon, dans les locaux du Centre d'Accueil et d'Information de la Région Wallonne. Nous estimons en effet qu'il est important d'être proche des personnes qui peuvent faire appel à nous, je pense notamment aux demandeurs d'asile qui ont peu les moyens de se déplacer… la province est grande, il faut donc faire un maximum pour décentraliser au mieux nos activités.

KN: Toutes les personnes immigrées qui le désirent peuvent faire appel à vos services gratuitement ?

MVL: Bien sûr, nous sommes une association sans but lucratif. Nous avons pour mission de rendre un service aux citoyens étrangers ou belges et nous recevons des subventions de la Région Wallonne (notamment pour les salaires) à cette fin. Celles-ci ne couvrent pas l'entièreté de nos dépenses, comme dans beaucoup de secteurs d'ailleurs, c'est pourquoi nous devons régulièrement faire appel à la solidarité de particuliers et d'autres institutions généreuses et bienveillantes. L'année 2004 sera d'ailleurs l'occasion de remercier nos partenaires et collaborateurs puisque nous fêterons en juin nos quarante ans d'existence. Une soirée festive aura d'ailleurs lieu le jeudi 10 juin à Namur.

KN: Le Centre est-il aussi présent dans la province du Luxembourg depuis 40 ans ?

MVL: Non, nous étions d'abord uniquement situés à Namur. La province du Luxembourg a été couverte en 1978, d'abord par une implantation à Saint-Hubert et puis à Marche-en-Famenne. En juin 2002, nous avons déménagé à Libramont pour rendre le service plus accessible en étant notamment à proximité d'une ligne de chemin de fer fort fréquentée. Pour ceux qui connaissent c'est André Baudlet qui travaillait dans ce bureau auparavant, il avait axé son travail sur la recherche de logements pour les personnes étrangères étant donné la difficulté de trouver des loyers à prix modérés dans la province. Depuis 2000 (année où l'état belge a enregistré le plus de demandes d'asiles: 42.000), la politique d'accueil des candidats à l'asile a orienté la plupart des demandeurs vers des centres d'accueil ouverts. Nous avons donc considéré que le problème de logement était moins prioritaire (même s'il reste problématique pour beaucoup dans la province) que l'accompagnement des personnes dans les dédales de la législation du droit des étrangers.

KN: Quelles sont alors les missions du Centre ?

MVL: Pour faire court, je dirais que nous offrons un accompagnement social, relationnel, administratif, juridique,… à toute personne belge ou étrangère, en matière de droit des étrangers. Dans le concret, cela veut dire que c'est aussi bien informer une personne sur les documents qu'elle a à réunir pour demander la naturalisation, que d'accompagner un demandeur d'asile à une audition. Il peut également s'agir de jouer un rôle de médiation entre ces personnes et leur avocat, CPAS, administration communale ou autres institutions sociales et administratives et cela quand une question se pose ou qu'un blocage se crée. Bref, notre travail est très varié.

KN: J'imagine un immigré qui ne parle pas très bien le français et qui doit se dépêtrer face à énormément de démarches administratives. Comment a-t-il connaissance de votre service ?

MVL: Il y a plusieurs canaux d'informations mais il faut savoir que le bouche à oreille fonctionne bien dans les communautés d'immigrés, quand une adresse intéressante est signalée, elle circule. Le Centre de Namur est très connu, on y vient d'un peu partout même d'Anvers. A Libramont, nous sommes une toute nouvelle équipe et nous devons encore mieux nous faire connaître. La permanence qui se tiendra à Arlon nous permettra également d'offrir à davantage de personnes la possibilité de nous rencontrer.

KN: Est-ce que les personnes étrangères qui font appel à vos services viennent ici en confiance?

MVL: J'espère que oui puisque nous sommes totalement indépendants des autorités officielles. Par exemple, en matière d'asile, nous n'avons pas pour mission d'analyser le bien fondé des demandes d'asile. Nous écoutons et évaluons en confiance comment nous pouvons conseiller et accompagner au mieux les candidats dans leur procédure d'asile. Il faut se rendre compte que pour l'Office des étrangers et le Commissariat Général aux Réfugiés et Apatrides, tout demandeur d'asile est a priori suspect d'avoir quitté son pays pour des raisons économiques. De ce fait, beaucoup de demandes ne passent pas le cap de la recevabilité (94,5% en janvier 2004). Nombreux sont ceux qui ont des raisons de se revendiquer de la Convention de Genève et se voient déboutés de leur droit d'asile parce que le gouvernement belge part de cet a priori de méfiance. En Belgique, on n'accueille pas toute la misère du monde !

KN: Si vous aviez un souhait à formuler par rapport à l'accueil des réfugiés dans notre pays, quel serait-il ?

MVL: Trop souvent, je trouve que l'on confond intégration et assimilation. On considère qu'une personne est bien intégrée si elle a adopté au mieux nos habitudes de vie, un peu comme si l'on voulait aplanir les différences. Il me semble que l'intégration nécessite un effort mutuel pour rejoindre l'autre dans sa culture, avec toutes ses différences et aller vers l'acceptation de tout ce qui nous différencie pour trouver un terrain commun puisqu'on est là pour vivre ensemble. Je pense aussi qu'une chose primordiale serait simplement de faire preuve de "bientraitance". J'ai accompagné dernièrement une dame rwandaise au Commissariat Général aux Réfugiés et Apatrides où elle devait faire le récit de ce qu'elle avait subi devant un conseillère qui était manifestement payée pour ne rien laisser transparaître de ses émotions… elle était très professionnelle. Cette candidate à l'asile lui a fait part pendant près de 5 heures des persécutions vécues pendant et après le génocide, de son angoisse de se trouver loin de ses enfants, de son difficile périple pour arriver en Belgique. Elle parlait de meurtres, de viols,… et face à elle, un robot. Je pense que l'objectivité et la neutralité peuvent se trouver autrement que dans l'hyper - professionnalisme froid, proche de l'inhumanité.

K. Noiret

La reconnaissance de la qualité de réfugié : quelques repères.

C'est la Convention de Genève qui définit la qualité de réfugié. Elle précise " qu'est réfugiée toute personne qui craint avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. Elle se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et ne peut ou ne veut (à cause de cette crainte) réclamer la protection de son pays. "

Depuis plus de 20 ans, c'est l'état belge qui évalue la qualité de réfugié en lieu et place du Haut Commissariat aux Réfugiés (organisation internationale). A cette fin, l'état belge a réglementé la procédure d'asile dans la loi du 15 décembre 1980 qui régit l'accès au territoire, le séjour, l'établissement et l'éloignement des étrangers.

Centre des Immigrés Namur - Luxembourg
Rue du vicinal,7 - 6800 Libramont
Tél : 061/29.25.18
Fax : 061/29.25.19
E-mail : cinl@swing.be


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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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