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Perspectives MOC n°21

Editorial : La militance et le temps présent

 

La société occidentale et moderne a fondé son unité sur le progrès. Elle a enchanté l'avenir par la perspective d'un futur meilleur. Dans cette société moderne émergente le mouvement ouvrier s'est défini pour une distribution plus juste des fruits de la dynamique du progrès.

Aujourd'hui c'est par l'épuisement de son utopie fondamentale, le progrès, que la modernité se meurt. Le progrès scientifico-technique a blessé la nature dans son équilibre, le progrès libéralo-marchand a accru les inégalités, le progrès communicationnel a dérégulé l'espace et le temps des relations interpersonnelles. Aux discours progressistes, aux promesses d'un monde meilleur demain, les petites gens ne croient plus et n'engagent plus leur force. L'avenir s'efface, seul le présent compte. En cette matière les petites gens et surtout les plus jeunes précèdent les intellectuels, les cadres et les dirigeants. Ils prennent acte et veulent redonner sens à la vie aujourd'hui.

Le bon sens populaire n'accède-t-il pas dès à présent à une postmodernité alors que les appareils syndicaux et ouvriéristes restent modernes dans un monde qui ne l'est plus ? N'est-ce pas là la ligne de rupture, la crise de reconnaissance qui commodément est appelée crise du militantisme ? Un changement des mentalités a eu lieu. Reste à lui donner une traduction au sein du mouvement ouvrier. La militance n'est pas morte mais elle ne se mobilisera pas pour un progrès sans fin et sans but autre que lui-même.

Ce regard nouveau sur le déroulement du temps n'exclut pas l'engagement mais lui donne un sens et une expression nouvelle. La crise actuelle est celle d'un passage conflictuel entre le progrès moderne et l'équilibre post-moderne. Les petites gens sauront se mobiliser dans la transition qui est engagée. Ils seront les militants de :
- l'équilibre contre le progrès
- la nature contre la science
- la relation contre la communication
- la proximité contre la mobilité
- l'égalité contre le marché
- le bonheur contre l'utopie
- l'interculturalité contre la mono-culturalité mondialisée

Au fond tout cela les marchands le savent. Mais c'est la marche du progrès, de la nouveauté, des besoins recréés qui les alimente et leur donne leur pouvoir. Le progrès donne au capitalisme la justification de l'exploitation et du sacrifice des générations successives de travailleurs. Le capitalisme est dépourvu de base morale, l'esprit qui l'entretient puise son souffle dans la perspective d'un avenir meilleur, d'une maîtrise du monde par l'homme, d'un enrichissement matériel sans limite.

Les mouvements sociaux de gauche restent pertinents dans leur combat pour plus de justice. Mais ils doivent refonder leur combat ni dans le passé, ni dans la perspective d'un futur meilleur mais bien dans le présent. Cette refondation passe par l'écoute des petites gens. A défaut la gauche joue les intérêts cyniques de l'exploitation libérale.

Bernard Kerger


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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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