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Michel Montaigne
est né en 1533 dans le Périgord. A cette époque,
le monde sort du moyen-âge. Enfant, il étudie le latin
et le grec. Jeune adulte, Montaigne succède à son
père à la magistrature de Rouen puis à la mairie
de Bordeaux. En 1565, il hérite du château familial
et il s'y retire. Il fait installer dans une tour paisible une pièce
extraordinaire : elle domine la campagne et elle contient sa bibliothèque.
Sur les poutres du plafond, Montaigne fait graver des citations
latines et grecques ; il est ainsi en discussion permanente avec
les auteurs du passé. " Le commerce des livres côtoie
tout mon cours et m'assiste partout. Je ne voyage sans livres, ni
en paix, ni en guerre. Ils sont à mon côté pour
me donner du plaisir à mon heure. Je me détourne souvent
à ma bibliothèque. Je vois sous moi mon jardin et
ma basse-cour. Là je feuillette à cette heure un livre,
à cette heure un autre ; tantôt je rêve, tantôt
j'enregistre. Ma bibliothèque est au troisième étage
d'une tour. Je passe là et la plupart des jours de ma vie,
et la plupart des heures du jour. "
Montaigne commence
la rédaction de ses pensées, " Les Essais ".
Il part à la recherche de la sagesse. Qu'est-ce qu'une vie
réussie ? Qu'est-ce qu'une conscience heureuse ? Existe-t-il
un sage ?
Aujourd'hui,
à la veille des vacances, j'écris cet édito
dans ma petite bibliothèque. Je me prépare au grand
départ pour une île déserte. Je ne peux emporter
qu'un livre, un seul. Je laisse avec un peu de nostalgie Debray
et Gauchet, Ferry et Comte Sponville, Rosanvallon et Boltanski,
Rawls et Tourraine. Adieu mes amis. " Je ne cherche aux livres
qu'à m'y donner du plaisir par un honnête amusement,
ou, si j'étudie, je n'y cherche que la science qui m'instruise
à bien mourir et à bien vivre. Les difficultés,
si j'en rencontre en lisant, je n'en ronge pas mes ongles ; je les
laisse là, après leur avoir fait une charge ou deux.
" Un livre, un seul. Je glisse dans ma valise " Les Essais
" de Montaigne.
Pendant ses
vacances, lorsque le sage de Montaigne voyage, c'est sans s'astreindre
à un itinéraire déterminé. Pendant ses
vacances, lorsqu'il plante ses choux, il ne les plante pas pour
qu'ils poussent : ce serait pure folie car cela reviendrait à
choisir un avenir de soucis et de tracas. Il plante ses choux pour
se sentir en train de faire quelque chose, c'est-à-dire de
vivre et d'être. Difficile d'être le sage de Montaigne
parce qu'au souci de l'avenir se lie indissolublement la crainte
de la mort. " Je sens la mort qui me pince continuellement.
Si toutefois j'avais à choisir, ce serait, plutôt à
cheval que dans un lit, hors de ma maison et éloigné
des miens. Il y a plus de crève-cur que de consolation
à prendre congé de ses amis. Je me contenterai d'une
mort recueillie en soi, quiète et solitaire, toute mienne,
convenable à ma vie retirée et privée. J'ai
assez affaire à me consoler sans avoir à consoler
autrui. "
Comment dire
tout le travail de qualité réalisé par l'équipe
MOC ? Montaigne encore : " Je me jette naturellement à
un parler sec à qui ne me connaît d'ailleurs et m'offre
maigrement à ceux à qui je suis. Et me présente
moins à qui je me suis le plus donné : il me semble
qu'ils doivent lire en mon cur, et que l'expression de mes
paroles fait tort à ma conception. A bienvenir, à
prendre congé, à remercier, à saluer, à
présenter mon service et tels compliments verbaux des lois
cérémonieuses de notre civilité, je ne connais
personne si sottement stérile de langage que moi. "
Merci donc mes amis. Je m'en vais sur mon île, " Les
Essais " sous le bras.
Ne vous méprenez
pas. Je pars pour une île déserte. Je n'ai pas dit
que je ne reviendrai pas. Bonnes vacances.
Bernard
Kerger
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