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Perspectives MOC n°23

Editorial : l'extrême-droite parmi nous

 

A-t-on suffisamment mesuré la progression de l'extrême-droite lors du scrutin régional et communautaire du 13 juin ? En Flandre, le Vlaams Blok devient le deuxième parti. Après le retrait d'Agalev, la seule majorité possible regroupe les trois grands partis démocratiques et le champ politique se polarise entre les partis au pouvoir et le Vlaams Blok. En Wallonie, le Front National progresse partout, dépasse la barre des 10% dans plusieurs grosses villes wallonnes, s'installe significativement en Luxembourg.

Les faits sont là, désolants. Le danger serait de s'arrêter à ce triste constat. Il est indispensable de mener un travail d'interprétation correcte et sans complaisance. Il est urgent de définir une attitude ferme et résolue qui ne peut pas se limiter à crier au loup, la prochaine campagne électorale venue. On avancera ici trois premières pistes de réflexion pour l'action.

L'émergence des extrémismes est un signal pour la démocratie représentative. Le populisme, vecteur de l'extrême-droite, est le signe visible et pathologique de l'insatisfaction des citoyens dans les démocraties représentatives à faible participation civique. Il rappelle au système politique que son principe de légitimation est la souveraineté du peuple et que la vie politique en démocratie ne saurait se réduire au respect des formes procédurales.

Il faut savoir détecter le national-populisme dans les replis de la démocratie. L'extrémisme de droite prend chez nous la forme d'un national populisme. Celui-ci s'insinue dans les replis de la société, du café du commerce au lieu de travail. Il est important de le détecter pour le combattre à la racine. Attention, par exemple, à :


- la présence d'un chef charismatique, démagogue efficace;
- la référence directe au peuple authentique défini, à lui seul, comme sain, simple, honnête;
- l'appel explicite à la discrimination des individus selon leurs origines ethniques ou leurs appartenances culturelles et la demande d'expulsion des groupes ethno-culturels désignés comme " inassimilables ";
- l'accent mis sur la nation, l'ethnie, la religion, la langue comme socles de l'identité collective.

Il ne faut pas confondre l'erreur et le mal. Certes les votes en faveur de ces partis extrémistes sont dans un premier temps des votes de rejet et de rupture, des votes de protestation plutôt que des votes d'adhésion. Mais l'adhésion idéologique suit souvent le vote. Le succès de l'extrême-droite n'est pas qu'un moment d'humeur. Les électeurs du Front national ne sont pas tous des douces brebis égarées, ignorants des programmes et dans l'erreur. Ce sont aussi souvent des électeurs avertis, militants et en cohérence avec leurs dirigeants. Il serait dangereux de minimiser la situation et de confondre l'erreur et le mal. A l'éthique de la discussion, au dialogue et au compromis, il faut ici préférer le combat et la résistance.

Sur tout ceci nous serons assez facilement d'accord. Mais prenons garde. Ce serait une erreur de limiter l'analyse et l'action au seul champ politique. Il s'agit aussi ou surtout d'une action de proximité et quotidienne à mener au bar du commerce et sur le lieu de travail, dans le club sportif et dans l'association de village,… sans négliger aucune de ses trois dimensions : développement des pratiques participatives, détection du mal et combat.

Bernard Kerger


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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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