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A-t-on suffisamment
mesuré la progression de l'extrême-droite lors du scrutin
régional et communautaire du 13 juin ? En Flandre, le Vlaams
Blok devient le deuxième parti. Après le retrait d'Agalev,
la seule majorité possible regroupe les trois grands partis
démocratiques et le champ politique se polarise entre les
partis au pouvoir et le Vlaams Blok. En Wallonie, le Front National
progresse partout, dépasse la barre des 10% dans plusieurs
grosses villes wallonnes, s'installe significativement en Luxembourg.
Les faits sont
là, désolants. Le danger serait de s'arrêter
à ce triste constat. Il est indispensable de mener un travail
d'interprétation correcte et sans complaisance. Il est urgent
de définir une attitude ferme et résolue qui ne peut
pas se limiter à crier au loup, la prochaine campagne électorale
venue. On avancera ici trois premières pistes de réflexion
pour l'action.
L'émergence
des extrémismes est un signal pour la démocratie représentative.
Le populisme, vecteur de l'extrême-droite, est le signe visible
et pathologique de l'insatisfaction des citoyens dans les démocraties
représentatives à faible participation civique. Il
rappelle au système politique que son principe de légitimation
est la souveraineté du peuple et que la vie politique en
démocratie ne saurait se réduire au respect des formes
procédurales.
Il faut savoir
détecter le national-populisme dans les replis de la démocratie.
L'extrémisme de droite prend chez nous la forme d'un national
populisme. Celui-ci s'insinue dans les replis de la société,
du café du commerce au lieu de travail. Il est important
de le détecter pour le combattre à la racine. Attention,
par exemple, à :
- la présence d'un chef charismatique, démagogue efficace;
- la référence directe au peuple authentique défini,
à lui seul, comme sain, simple, honnête;
- l'appel explicite à la discrimination des individus selon
leurs origines ethniques ou leurs appartenances culturelles et la
demande d'expulsion des groupes ethno-culturels désignés
comme " inassimilables ";
- l'accent mis sur la nation, l'ethnie, la religion, la langue comme
socles de l'identité collective.
Il ne faut pas
confondre l'erreur et le mal. Certes les votes en faveur de ces
partis extrémistes sont dans un premier temps des votes de
rejet et de rupture, des votes de protestation plutôt que
des votes d'adhésion. Mais l'adhésion idéologique
suit souvent le vote. Le succès de l'extrême-droite
n'est pas qu'un moment d'humeur. Les électeurs du Front national
ne sont pas tous des douces brebis égarées, ignorants
des programmes et dans l'erreur. Ce sont aussi souvent des électeurs
avertis, militants et en cohérence avec leurs dirigeants.
Il serait dangereux de minimiser la situation et de confondre l'erreur
et le mal. A l'éthique de la discussion, au dialogue et au
compromis, il faut ici préférer le combat et la résistance.
Sur tout ceci
nous serons assez facilement d'accord. Mais prenons garde. Ce serait
une erreur de limiter l'analyse et l'action au seul champ politique.
Il s'agit aussi ou surtout d'une action de proximité et quotidienne
à mener au bar du commerce et sur le lieu de travail, dans
le club sportif et dans l'association de village,
sans négliger
aucune de ses trois dimensions : développement des pratiques
participatives, détection du mal et combat.
Bernard Kerger
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