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Philippe
Marchal,
Coordinateur général de l'asbl " Les Territoires
de la Mémoire ", partenaire du CIEP dans le projet "
Démocratie: stop ou encore? "
KN : Qui
êtes-vous ?
PM : Ma vie
commence à Louvain en mars 1954
un peu rapidement.
Ma mère rentrait en train à son domicile dans la banlieue
de Liège. Signal d'alarme, arrêt d'urgence et transport
en ambulance vers l'hôpital un peu plus proche. Sans doute
étais-je déjà pressé de voir le monde,
une curiosité pour ce qui m'entoure qui ne m'a jamais vraiment
quitté depuis.
J'habite aujourd'hui à Oupeye avec mon épouse directrice
d'écoles communales. Nous avons une fille de 24 ans.
Je suis instituteur primaire de formation. L'histoire parfois nous
rattrape d'une façon inattendue puisque j'ai retrouvé
avec joie, l'un de mes anciens professeurs de français et
d'histoire aux Territoires de la Mémoire. Monsieur Charles
Colin en est actuellement le Président. A l'époque,
j'ai poursuivi des études supplémentaires pour obtenir
un diplôme qui me donnait la possibilité d'exercer
mon métier dans l'enseignement spécialisé.
Ce que j'ai fait pendant près de treize années avec
une attention particulière auprès des enfants présentant
des troubles affectifs, comportementaux (les caractériels
!) et parfois autistiques. J'ai eu l'occasion ensuite d'obtenir
un détachement pédagogique au Secrétariat Général
des Femmes Prévoyantes socialistes à Bruxelles où
j'étais chargé du secteur enfance (colonies de vacances,
revue enfantine, formation d'animateurs, coordination des équipes
régionales). Ensuite, la Mutualité Socialiste m'a
confié la direction du Secteur Enfance et Jeunesse à
l'Union Nationale. En 2000, une opportunité exceptionnelle
me ramène à Liège pour coordonner une jeune
asbl très engagée dans la lutte contre l'intolérance
et l'extrême droite : les Territoires de la Mémoire.
Ce nouveau poste est sans conteste celui qui est le plus en adéquation
avec mes convictions les plus profondes et je considère comme
un honneur de participer au développement de ce projet. Humaniste
convaincu, très attaché à la démocratie
et à la philosophie des Droits Humains, je suis aujourd'hui
persuadé que le travail de Mémoire est l'un des vecteurs
pour entreprendre une éducation citoyenne durable et vigilante.
KN : Qu'est-ce
que l'asbl " Les Territoires de la Mémoire ? "
Quel est son rôle ?
PM : Au début
des années '90, les élections ont ramené certains
partis d'extrême droite à tous les niveaux de pouvoirs
en Belgique. Immense déception de la part des démocrates
qui pensaient que la bête immonde était définitivement
morte ; elle ne faisait que sommeiller. Front national, Vlaams Blok,
Agir
les idéologies de la haine faisaient leur réapparition.
A l'initiative du Centre d'Action Laïque de la Province de
Liège, de son Directeur Monsieur Jacques Smits et de quelques
rescapés des camps nazis, l'asbl " Les Territoires de
la Mémoire ", Centre d'Éducation à la
Tolérance et à la Résistance, a vu le jour
comme une révolte, comme une riposte
!
Au-delà de la remémoration d'une Mémoire indigne
pour l'Humanité, l'association a également une vocation
éducative très importante. Elle s'adresse à
un public jeune car nous sommes persuadés qu'il est urgent
de " former " une nouvelle génération de
" Passeurs de Mémoire " qui sera capable de lutter
contre l'oubli ou les délires mensongers et de mettre en
uvre des comportements citoyens en vue de préserver,
défendre et renforcer le fonctionnement démocratique
de notre société. A l'aide de notre parcours symbolique
qui place chaque visiteur dans la situation virtuelle d'un Déporté
dans les camps de la mort, mais aussi des expositions, voyages,
médiathèque, publications, colloque, département
pédagogique " Neurone "
nous faisons le lien
indispensable entre le passé et le présent. Voilà
bien l'enjeu et la spécificité de notre Centre d'Education
: comprendre le passé pour préparer l'avenir.
KN : Quelle
est votre fonction au sein de l'asbl " Les Territoires de la
Mémoire " ? En quoi cela consiste-t-il ?
PM : J'assure
les fonctions de Coordinateur général et mon travail
consiste à mettre en uvre les projets, les secteurs
et les services de l'asbl. Avec le Directeur et le Conseil d'Administration
très impliqués des Territoires de la Mémoire,
nous définissons les objectifs prioritaires de l'association.
Avec une équipe très motivée également,
nous sommes chargés de traduire concrètement ces grandes
perspectives en terme de projets concrets. Ce travail de gestion
des actions et des ressources humaines est très valorisant
car il permet de conjuguer engagement personnel et action véritable.
KN : Quel
rôle jouez-vous dans le projet " Démocratie :
stop ou encore ? " du CIEP du MOC Luxembourg ?
PM : En tant
que relais éducatifs ou culturels, nous sommes très
heureux d'être associés à ce projet porté
par le CIEP du MOC Luxembourg car ses objectifs sont en total accord
avec nos propres finalités. Nous sommes en effet convaincus
que ce projet qui est très abouti et qui présente
des dimensions plurielles très intéressantes est de
nature à avoir un réel impact durable par une sensibilisation
au travail de mémoire et au devoir de vigilance. Notamment
via " Triangle rouge ", qui est une exposition didactique
qui rend hommage aux Déportés politiques et prisonniers
d'opinion dans les camps de concentration et qui incite les visiteurs
à la résistance citoyenne contre les partis de l'extrême.
Nous considérons enfin que le voyage dans les camps de Buchenwald
et Dora ne constitue pas uniquement un aboutissement mais bien plus
le début d'un processus de prise de conscience et d'engagement
citoyen permanent de la part des participants. Les Territoires de
la Mémoire auront l'occasion d'assurer l'encadrement pédagogique
(et sans doute aussi un peu psychologique !) d'un voyage qui ne
peut laisser personne indifférent.
KN : Quels
sont les aspects positifs de ce travail ? Quels sont les aspects
négatifs de ce travail ?
PM : Je voudrais
souligner ma très grande satisfaction de participer au projet
des Territoires de la Mémoire. Non seulement, je le rappelle,
cette action répond totalement à mon cheminement et
à mes aspirations philosophiques et politiques, mais en plus,
elle me donne l'occasion de côtoyer quotidiennement de nombreux
enfants et jeunes (ce qui correspond à ma formation d'origine).
Mais également (et pour un temps que j'espère le plus
long possible) des témoins et des Rescapés de cette
horreur que nous évoquons et voulons rappeler sans cesse.
Un autre aspect positif de ce travail : c'est la possibilité
de rencontrer de très nombreux démocrates et autres
acteurs de la Mémoire pas du tout endormis et parfaitement
conscients de la nécessité de combattre les tentations
liberticides.
Au rayon des déceptions, c'est le constat inquiétant
que l'extrême droite, et plus largement les extrémismes
progressent sans discontinuer presque partout en Europe et dans
notre propre pays. Déception également pour toutes
ces personnes qui sont séduites par ces formations qui prônent
la haine de l'Autre
mais, toutes ne sont évidemment
pas fascistes et mon intention n'est pas de les culpabiliser au
nom d'une pseudo-vérité qui ne laisserait aucune place
à la liberté de penser individuelle. Déception
enfin par la timidité ou l'absence de signaux sans ambiguïté
des autres, de toutes les autres formations politiques démocratiques
présentes dans notre pays.
KN : Si
vous aviez la possibilité d'exaucer un vu, quel serait-il
?
PM : Permettez-moi
de reprendre les vux présentés par notre revue
" Aide-Mémoire " :
" Nous devons être totalement persuadés que les
idéologies de la haine sont et resteront des dangers permanents
pour la démocratie. L'extrême droite ne sera jamais
une alternative, elle est et restera inacceptable
définitivement
! A l'aube de 2005, nous souhaitons à tous
une année
encore plus citoyenne, emplie de solidarité et véritablement
fraternelle. "
KN : Quels
sont les projets futurs pour l'asbl ?
PM : Face à
la progression de plus en plus inquiétante des partis liberticides
mais également au négationnisme déjà
très actif, nous proposons " MNEMA
la cité
miroir " qui devrait ouvrir ses portes en 2010. La Ville de
Liège vient de nous confier les anciens bains et thermes
de la Sauvenière. Notre intention est de créer, avec
l'aide de quelques partenaires particulièrement engagés,
un grand centre de rencontre, de recherche et d'éducation
permanente à la citoyenneté. La place me manque pour
décrire toutes les facettes de ce projet, alors, je vous
donne rendez-vous sur le site www.mnema.be pour vous faire une idée
plus précise.
KN : Avez-vous
d'autres engagements ailleurs ?
PM : Je garde
un certain intérêt pour la politique communale et particulièrement
pour l'accueil extra-scolaire et la défense d'un enseignement
de qualité (Ligue de l'Enseignement d'Oupeye). Je suis également
sympathisant plutôt passif d'organisations telles Amnesty
International ou La Ligue des Droits de l'Homme. Toutes ces préoccupations
ne m'empêchent cependant pas d'effectuer de fréquents
voyages vers d'autres contrées, de fréquenter les
manifestations culturelles et artistiques. Et pour conclure d'une
façon bien agréable, je voudrais vous confier que
je suis un fervent adepte du " Carpe Diem ".
K. Noiret
Quelles
sont les vacances de vos rêves ?
Je rêve de la baie d'Along au Vietnam.
.
. . Quel est votre livre de chevet ?
L'île du jour d'avant, d'Umberto Ecco
.
. . Quel est le dernier CD que vous avez acheté ?
Tout le bonheur du monde, de Sinsemilia, groupe de rock français
.
. . Quel est le dernier film que vous êtes allé voir
au cinéma ?
" Stage Beauty " et " Un long dimanche de fiançailles
"
.
. . Qu'est-ce qui vous rend heureux ?
Ecouter un morceau de Debussy ou de Ravel
.
. . Quel est votre plat préféré ?
Une pierrade de buf avec un gratin dauphinois
.
. . Citez-nous une personnalité que vous admirez.
Nelson Mandela
Les Territoires
de la Mémoire
86, Boulevard d'Avroy
4000 Liège
04/232.70.60
www.territoires-memoire.be
Voir aussi : www.extremedroite.be et www.passeursdememoire.be
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