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Faut-il bannir
la référence aux origines ethniques pour combattre
le racisme?
Au moment de
la globalisation du monde, les différentes formes de divisions
régionales, ethniques, raciales, religieuses nécessitent
une attention particulière. Partant de mon expérience
vécue au Burundi, la question est de savoir si le fait de
supprimer toute référence aux origines ethniques pourrait
résoudre les problèmes de division au sein de la nation.
A mon avis,
toute négation de l'ancrage de l'individu à son ethnie
est vouée à l'échec. Ainsi, au Burundi, sous
la deuxième république, on a prôné l'abolition
des ethnies. Tout le monde était burundais, il n'y avait
pas de bahutus, de batutsis ou de batwas. Cette situation n'a pas
apporté une solution aux tensions internes au pays. A contrario,
cela a contribué à mûrir l'abcès. En
effet, les appartenances ethniques étaient officiellement
niées mais elles restaient présentes dans les faits
parce que tout individu est ontologiquement attaché à
ses origines.
Alors que faire
?
Toute approche devrait commencer par un programme d'ajustement moral
où les notions de citoyenneté et de reconnaissance
du droit à l'existence de l'autre devraient être inculquées
à chaque individu. Moi, Muhutu, je reconnais que l'autre
Mututsi existe et a droit aux richesses du pays, aux services, à
l'emploi et que le territoire nous est commun. Au Burundi, il nous
manque cette notion de reconnaissance du droit à l'existence
et ce manque fait que la vie humaine n'est plus sacrée.
Cette reconnaissance
peut parfois être sublimée dans des gestes de fraternité.
En 1997, lorsque la rébellion hutu a attaqué le séminaire
de Buta, quarante jeunes séminaristes ont accepté
de mourir ensemble car ils ont refusé de se scinder en deux
groupes de bahutus et de batutsis. Ils ont fait un choix de fraternité
aux yeux de tout le monde.
Il faut aussi
développer dans les esprits la notion de citoyenneté.
Au Burundi nous avons brûlé des maisons, nous avons
détruit les écoles, les hôpitaux,... Toutes
les infrastructures ont été saccagées. Les
gens qui ont détruit n'avaient pas de sens civique. Être
citoyen d'un pays revient à travailler pour son développement,
à honorer ses droits et devoirs, à payer des taxes
et des impôts, à participer à la vie politique.
Tout aussi indispensable
est l'application d'une stricte politique d'égalité
des chances. Si un militaire protège également tout
le monde, la question de son origine ethnique est sans importance.
Il est un citoyen burundais. Si quelqu'un fait bien son travail,
qu'il est là au service de tout le monde, on ne va jamais
lui demander son ethnie, sa religion. L'origine ethnique ne peut
pas donner le droit d'occuper prioritairement tel poste de responsabilité.
Bref, il faut une démarche globale qui met l'accent sur la
reconnaissance du droit à l'existence de l'autre, sur la
fraternité qui rassemble les hommes, sur la citoyenneté
qui dépasse l'appartenance ethnique.
Martin Baragengana
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