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Perspectives MOC n°24

Editorial :

 

Faut-il bannir la référence aux origines ethniques pour combattre le racisme?

Au moment de la globalisation du monde, les différentes formes de divisions régionales, ethniques, raciales, religieuses nécessitent une attention particulière. Partant de mon expérience vécue au Burundi, la question est de savoir si le fait de supprimer toute référence aux origines ethniques pourrait résoudre les problèmes de division au sein de la nation.

A mon avis, toute négation de l'ancrage de l'individu à son ethnie est vouée à l'échec. Ainsi, au Burundi, sous la deuxième république, on a prôné l'abolition des ethnies. Tout le monde était burundais, il n'y avait pas de bahutus, de batutsis ou de batwas. Cette situation n'a pas apporté une solution aux tensions internes au pays. A contrario, cela a contribué à mûrir l'abcès. En effet, les appartenances ethniques étaient officiellement niées mais elles restaient présentes dans les faits parce que tout individu est ontologiquement attaché à ses origines.

Alors que faire ?
Toute approche devrait commencer par un programme d'ajustement moral où les notions de citoyenneté et de reconnaissance du droit à l'existence de l'autre devraient être inculquées à chaque individu. Moi, Muhutu, je reconnais que l'autre Mututsi existe et a droit aux richesses du pays, aux services, à l'emploi et que le territoire nous est commun. Au Burundi, il nous manque cette notion de reconnaissance du droit à l'existence et ce manque fait que la vie humaine n'est plus sacrée.

Cette reconnaissance peut parfois être sublimée dans des gestes de fraternité. En 1997, lorsque la rébellion hutu a attaqué le séminaire de Buta, quarante jeunes séminaristes ont accepté de mourir ensemble car ils ont refusé de se scinder en deux groupes de bahutus et de batutsis. Ils ont fait un choix de fraternité aux yeux de tout le monde.

Il faut aussi développer dans les esprits la notion de citoyenneté. Au Burundi nous avons brûlé des maisons, nous avons détruit les écoles, les hôpitaux,... Toutes les infrastructures ont été saccagées. Les gens qui ont détruit n'avaient pas de sens civique. Être citoyen d'un pays revient à travailler pour son développement, à honorer ses droits et devoirs, à payer des taxes et des impôts, à participer à la vie politique.

Tout aussi indispensable est l'application d'une stricte politique d'égalité des chances. Si un militaire protège également tout le monde, la question de son origine ethnique est sans importance. Il est un citoyen burundais. Si quelqu'un fait bien son travail, qu'il est là au service de tout le monde, on ne va jamais lui demander son ethnie, sa religion. L'origine ethnique ne peut pas donner le droit d'occuper prioritairement tel poste de responsabilité.
Bref, il faut une démarche globale qui met l'accent sur la reconnaissance du droit à l'existence de l'autre, sur la fraternité qui rassemble les hommes, sur la citoyenneté qui dépasse l'appartenance ethnique.

Martin Baragengana



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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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