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KN : Qui
êtes-vous ?
RB : Je suis
né à Athus en 1937, j'y habite d'ailleurs toujours.
Je suis marié et j'ai 4 enfants, et 11 petits-enfants !
KN : Quand
on parle d'Athus, on pense souvent à l'usine qui y était
implantée et que vous avez bien connue
RB : Oui, bien
sûr. J'ai été à l'école jusqu'à
15 ans et puis je suis directement entré dans cette usine.
A cette époque, j'allais travailler la journée et
ensuite je suivais des cours du soir. Après mon service militaire,
qui a duré 18 mois au Génie à Anvers, je suis
retourné dans la même entreprise au service de nouvelles
constructions.
KN : Parlez-nous
un peu du travail en usine
RB : C'est difficile
de s'en rendre compte quand on ne l'a pas vécu mais c'est
vrai que c'est un travail très lourd et très dangereux.
Nous étions en contact avec la fonte et l'acier en fusion,
la chaleur était donc difficile à supporter. Et par
ailleurs le travail à postes, comme on dit, c'est assez dur
aussi.
KN : Avez-vous
toujours occupé les mêmes fonctions à l'intérieur
de cette usine ?
RB : Non, pendant
les grandes grèves de 1960 qui ont duré six semaines,
j'ai commencé à militer à la CSC et je dois
dire que j'y ai vite pris goût. Pour résumer, de 1952
à 1964, j'étais ouvrier, puis de fil en aiguille,
en 1964, je suis devenu délégué syndical pour
le conseil de sécurité et hygiène et le Conseil
d'entreprise. Cinq ans plus tard (en 1969) je suis devenu délégué
principal de la délégation CSC, cela signifiait que
c'était du travail syndical en full time. Pour vous donner
une idée de l'ampleur du travail, avec la FGTB, nous représentions
1700 ouvriers et employés.
KN : En
tant que délégué syndical, vous avez dû
être aux premières loges lors de la fermeture de l'usine.
RB : Tout à
fait, je faisais partie des 10 négociateurs qui ont, de manière
très active, mené les négociations entourant
la fermeture.
KN : Comment
en est-on arrivé à cette fermeture en 1977 ?
RB : Le début
de la crise remonte à 1960 mais on peut dire que cela s'est
fait de manière progressive et que différents facteurs
sont intervenus. Il faut tout d'abord savoir que l'usine d'Athus,
après plusieurs fusions, faisait partie du groupe Cockerill
et qu'elle représentait pour eux une " vache grasse
" où pas ou très peu d'investissements étaient
réalisés. Au niveau production, l'usine d'Athus ne
réalisait qu'un seul produit: le produit long (fil et ronds
à béton). Pour ce faire, quatre hauts-fourneaux fonctionnaient.
Dans les années 70, Cockerill a décidé d'arrêter
la production des produits longs. Le Gouvernement belge est intervenu
et a négocié la fusion avec la " Minière
métallurgique " de Rodange, cette fusion a été
effective en 1972. A l'époque, tout le monde pensait que
ça irait mieux mais en réalité ça a
été bien pire.
KN : Que
s'est-il passé ?
RB : Concrètement,
les deux usines étaient frontalières et à cheval
sur la frontière belge et grand-ducale: l'usine d'Athus en
Belgique était reliée par un pont avec l'usine de
Rodange au Grand-Duché. Cela voulait dire qu'au sein d'une
même usine deux statuts sociaux étaient en vigueur
: un belge et un luxembourgeois. Pour les ouvriers qui faisaient
le même travail, les conditions sociales n'étaient
donc pas les mêmes ! Ajoutez à cela une identité
propre et des mentalités différentes (à cette
époque l'usine d'Athus était presque centenaire).
Cette situation difficile a été accentuée par
le climat social défavorable du côté athusien.
Différents facteurs sont intervenus: le climat économique
désastreux en sidérurgie a amené à la
fermeture d'outils du côté belge et le chômage
économique n'existant pas au Grand-Duché, les travailleurs
belges faisaient systématiquement les frais des périodes
les plus difficiles. La tension a continué à monter
ainsi jusqu'en 1977, année à laquelle la Direction
nous a simplement annoncé en juillet la décision de
fermer le siège d'Athus.
KN : Que
s'est-il passé à ce moment dans l'usine d'Athus ?
RB : Elle a
été occupée jour et nuit pendant six semaines
par les travailleurs, le temps pour nous de mener les négociations
sociales avec le Gouvernement belge. Diverses manifestations ont
été menées. Ca a été très
compliqué et très stressant, je me souviens en particulier
que nous avons, sur la même journée, dû faire
trois fois le trajet d'Athus à Bruxelles pour obtenir un
accord final le 3 septembre 77. Le contenu de l'accord contenait
la prépension pour les travailleurs de 55 ans et la création
d'une cellule de l'emploi, dont je faisais partie, qui garantissait
trois ans de salaire au personnel licencié et l'accompagnait
dans ses recherches.
KN : Et
pour vous, quelle a été la suite du parcours ?
RB : Par miracle,
durant toute cette période mouvementée, je n'ai pas
du tout chômé. En réalité après
mon travail en tant qu'administrateur au service technique de la
cellule de l'emploi, Gérard Thiry, le secrétaire fédéral
de la CSC de l'époque, m'a contacté pour devenir permanent
interprofessionnel pour les travailleurs sans emploi, cela remonte
à 1980. C'était un travail très difficile car
toujours à recommencer. Un peu plus tard, la place de permanent
de la CSC Métal s'est libérée et je l'ai obtenue
jusqu'en 1996, année à laquelle j'ai pris ma prépension.
KN : Pouvez-vous
nous dire quelques mots sur le métier de permanent syndical
?
RB : C'est un
métier très enrichissant au niveau des contacts avec
les travailleurs, mais aussi très stressant lors des négociations
collectives et individuelles. Le revers de la médaille, c'est
que l'on connaît des échecs, on n'obtient pas toujours
ce que l'on veut, et qu'on est de service 24 heures sur 24. La vie
de famille est donc assez réduite. Heureusement, mon épouse
a choisi de ne pas travailler et elle s'est donc occupée
de nos quatre enfants.
KN : Quels
sont les moments les plus difficiles que vous avez vécus
durant toute votre carrière ?
RB : Ils sont
liés à la fermeture de l'usine, moi qui étais
très sensible au caractère social des choses, j'ai
eu beaucoup de mal à voir agoniser la ville d'Athus et à
être le témoin du désarroi de la population
et des travailleurs licenciés. Cela reste pour moi un souvenir
très pénible même si on a réussi à
obtenir certaines garanties pour les travailleurs.
KN : Je
crois savoir que durant votre travail à la CSC vous avez
pu mettre en avant ce goût pour le social
RB : En effet,
notamment par la création de l'asbl " Alternative Lux
" ainsi que par ma participation active dans l'asbl "
SOS Dépannage " pour la région d'Arlon. Je m'y
suis investi avec d'autres et nous avons pu aboutir à la
remise au travail d'une trentaine de personnes dans des projets
d'aide aux personnes défavorisées dans notre société.
Je m'occupe d'ailleurs toujours aujourd'hui de la gestion de cette
asbl même si je passerai le flambeau en fin d'année.
KN : Vous
êtes aussi actif dans un musée que vous avez créé
à Athus
RB : C'est vrai
qu'à la demande du Centre Culturel d'Athus nous avions mis
sur pied une exposition sur l'usine. Elle a connu un énorme
succès notamment auprès des jeunes qui, faute de vestiges
encore existants, ont du mal à s'imaginer qu'une usine se
trouvait dans leur ville. Lors de la clôture, nous nous sommes
dits que ce serait un peu dommage de laisser dormir tous ces souvenirs
et nous avons donc poursuivi cette expo qui est devenue aujourd'hui
un musée à part entière.
KN : Que
peut-on y voir ?
RB : Nous essayons
sans cesse de le perfectionner pour le rendre plus didactique. On
y trouve du petit matériel, des photos, des vidéos,...
Prochainement, nous inaugurerons une nouvelle fresque de plusieurs
mètres de long qui représentera toute l'usine. Elle
sera articulée et illuminée et elle permettra de se
faire une idée précise de son fonctionnement. D'autres
pièces sont encore prévues pour la suite
KN : Ce
ne sont donc pas les projets qui vous manquent, quel serait votre
mot de la fin par rapport à tout ce que vous avez vécu
professionnellement ?
RB : Je peux
conclure en disant que travailler dans le social est une expérience
unique avec des hauts et des bas et que c'est aussi un éternel
recommencement dans différentes matières.
K. Noiret
Musée " Cent ans de sidérurgie à Athus
"
Ouverture sur rendez-vous
Tél: 063/37.13.80
PED - Rue du Terminal, 11
6791 Athus
Thèmes
présentés :
Comment fonctionne une sidérurgie ?
Évolution
de l'outil
Histoire
sociale
Histoire
financière et les différentes fusions
Évènements
de la fermeture
L'Asbl "
SOS Dépannage "
propose différents services d'aides aux personnes :
Des services effectués à domicile : peinture, revêtement
de murs et sols
Des services
d'aides ménagères : différents travaux de ménage
Des travaux
effectués en atelier : vente de vêtements de seconde
main, atelier de repassage et atelier de couture
Pour toutes
informations complémentaires :
SOS Dépannage Matériel
Rue des Déportés, 39
6700 Arlon
Tél: 063/21.88.33
Fax: 063/22.28.46
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