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Perspectives MOC n°27

Faisons connaissance avec : René Bressart, ancien permanent CSC

 

KN : Qui êtes-vous ?

RB : Je suis né à Athus en 1937, j'y habite d'ailleurs toujours. Je suis marié et j'ai 4 enfants, et 11 petits-enfants !

KN : Quand on parle d'Athus, on pense souvent à l'usine qui y était implantée et que vous avez bien connue …

RB : Oui, bien sûr. J'ai été à l'école jusqu'à 15 ans et puis je suis directement entré dans cette usine. A cette époque, j'allais travailler la journée et ensuite je suivais des cours du soir. Après mon service militaire, qui a duré 18 mois au Génie à Anvers, je suis retourné dans la même entreprise au service de nouvelles constructions.

KN : Parlez-nous un peu du travail en usine …

RB : C'est difficile de s'en rendre compte quand on ne l'a pas vécu mais c'est vrai que c'est un travail très lourd et très dangereux. Nous étions en contact avec la fonte et l'acier en fusion, la chaleur était donc difficile à supporter. Et par ailleurs le travail à postes, comme on dit, c'est assez dur aussi.

KN : Avez-vous toujours occupé les mêmes fonctions à l'intérieur de cette usine ?

RB : Non, pendant les grandes grèves de 1960 qui ont duré six semaines, j'ai commencé à militer à la CSC et je dois dire que j'y ai vite pris goût. Pour résumer, de 1952 à 1964, j'étais ouvrier, puis de fil en aiguille, en 1964, je suis devenu délégué syndical pour le conseil de sécurité et hygiène et le Conseil d'entreprise. Cinq ans plus tard (en 1969) je suis devenu délégué principal de la délégation CSC, cela signifiait que c'était du travail syndical en full time. Pour vous donner une idée de l'ampleur du travail, avec la FGTB, nous représentions 1700 ouvriers et employés.

KN : En tant que délégué syndical, vous avez dû être aux premières loges lors de la fermeture de l'usine.

RB : Tout à fait, je faisais partie des 10 négociateurs qui ont, de manière très active, mené les négociations entourant la fermeture.

KN : Comment en est-on arrivé à cette fermeture en 1977 ?

RB : Le début de la crise remonte à 1960 mais on peut dire que cela s'est fait de manière progressive et que différents facteurs sont intervenus. Il faut tout d'abord savoir que l'usine d'Athus, après plusieurs fusions, faisait partie du groupe Cockerill et qu'elle représentait pour eux une " vache grasse " où pas ou très peu d'investissements étaient réalisés. Au niveau production, l'usine d'Athus ne réalisait qu'un seul produit: le produit long (fil et ronds à béton). Pour ce faire, quatre hauts-fourneaux fonctionnaient. Dans les années 70, Cockerill a décidé d'arrêter la production des produits longs. Le Gouvernement belge est intervenu et a négocié la fusion avec la " Minière métallurgique " de Rodange, cette fusion a été effective en 1972. A l'époque, tout le monde pensait que ça irait mieux mais en réalité ça a été bien pire.

KN : Que s'est-il passé ?

RB : Concrètement, les deux usines étaient frontalières et à cheval sur la frontière belge et grand-ducale: l'usine d'Athus en Belgique était reliée par un pont avec l'usine de Rodange au Grand-Duché. Cela voulait dire qu'au sein d'une même usine deux statuts sociaux étaient en vigueur : un belge et un luxembourgeois. Pour les ouvriers qui faisaient le même travail, les conditions sociales n'étaient donc pas les mêmes ! Ajoutez à cela une identité propre et des mentalités différentes (à cette époque l'usine d'Athus était presque centenaire). Cette situation difficile a été accentuée par le climat social défavorable du côté athusien. Différents facteurs sont intervenus: le climat économique désastreux en sidérurgie a amené à la fermeture d'outils du côté belge et le chômage économique n'existant pas au Grand-Duché, les travailleurs belges faisaient systématiquement les frais des périodes les plus difficiles. La tension a continué à monter ainsi jusqu'en 1977, année à laquelle la Direction nous a simplement annoncé en juillet la décision de fermer le siège d'Athus.

KN : Que s'est-il passé à ce moment dans l'usine d'Athus ?

RB : Elle a été occupée jour et nuit pendant six semaines par les travailleurs, le temps pour nous de mener les négociations sociales avec le Gouvernement belge. Diverses manifestations ont été menées. Ca a été très compliqué et très stressant, je me souviens en particulier que nous avons, sur la même journée, dû faire trois fois le trajet d'Athus à Bruxelles pour obtenir un accord final le 3 septembre 77. Le contenu de l'accord contenait la prépension pour les travailleurs de 55 ans et la création d'une cellule de l'emploi, dont je faisais partie, qui garantissait trois ans de salaire au personnel licencié et l'accompagnait dans ses recherches.

KN : Et pour vous, quelle a été la suite du parcours ?

RB : Par miracle, durant toute cette période mouvementée, je n'ai pas du tout chômé. En réalité après mon travail en tant qu'administrateur au service technique de la cellule de l'emploi, Gérard Thiry, le secrétaire fédéral de la CSC de l'époque, m'a contacté pour devenir permanent interprofessionnel pour les travailleurs sans emploi, cela remonte à 1980. C'était un travail très difficile car toujours à recommencer. Un peu plus tard, la place de permanent de la CSC Métal s'est libérée et je l'ai obtenue jusqu'en 1996, année à laquelle j'ai pris ma prépension.

KN : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le métier de permanent syndical ?

RB : C'est un métier très enrichissant au niveau des contacts avec les travailleurs, mais aussi très stressant lors des négociations collectives et individuelles. Le revers de la médaille, c'est que l'on connaît des échecs, on n'obtient pas toujours ce que l'on veut, et qu'on est de service 24 heures sur 24. La vie de famille est donc assez réduite. Heureusement, mon épouse a choisi de ne pas travailler et elle s'est donc occupée de nos quatre enfants.

KN : Quels sont les moments les plus difficiles que vous avez vécus durant toute votre carrière ?

RB : Ils sont liés à la fermeture de l'usine, moi qui étais très sensible au caractère social des choses, j'ai eu beaucoup de mal à voir agoniser la ville d'Athus et à être le témoin du désarroi de la population et des travailleurs licenciés. Cela reste pour moi un souvenir très pénible même si on a réussi à obtenir certaines garanties pour les travailleurs.

KN : Je crois savoir que durant votre travail à la CSC vous avez pu mettre en avant ce goût pour le social …

RB : En effet, notamment par la création de l'asbl " Alternative Lux " ainsi que par ma participation active dans l'asbl " SOS Dépannage " pour la région d'Arlon. Je m'y suis investi avec d'autres et nous avons pu aboutir à la remise au travail d'une trentaine de personnes dans des projets d'aide aux personnes défavorisées dans notre société. Je m'occupe d'ailleurs toujours aujourd'hui de la gestion de cette asbl même si je passerai le flambeau en fin d'année.

KN : Vous êtes aussi actif dans un musée que vous avez créé à Athus …

RB : C'est vrai qu'à la demande du Centre Culturel d'Athus nous avions mis sur pied une exposition sur l'usine. Elle a connu un énorme succès notamment auprès des jeunes qui, faute de vestiges encore existants, ont du mal à s'imaginer qu'une usine se trouvait dans leur ville. Lors de la clôture, nous nous sommes dits que ce serait un peu dommage de laisser dormir tous ces souvenirs et nous avons donc poursuivi cette expo qui est devenue aujourd'hui un musée à part entière.

KN : Que peut-on y voir ?

RB : Nous essayons sans cesse de le perfectionner pour le rendre plus didactique. On y trouve du petit matériel, des photos, des vidéos,... Prochainement, nous inaugurerons une nouvelle fresque de plusieurs mètres de long qui représentera toute l'usine. Elle sera articulée et illuminée et elle permettra de se faire une idée précise de son fonctionnement. D'autres pièces sont encore prévues pour la suite …

KN : Ce ne sont donc pas les projets qui vous manquent, quel serait votre mot de la fin par rapport à tout ce que vous avez vécu professionnellement ?

RB : Je peux conclure en disant que travailler dans le social est une expérience unique avec des hauts et des bas et que c'est aussi un éternel recommencement dans différentes matières.

K. Noiret

 


Musée " Cent ans de sidérurgie à Athus "

Ouverture sur rendez-vous
Tél: 063/37.13.80
PED - Rue du Terminal, 11
6791 Athus

Thèmes présentés :
Comment fonctionne une sidérurgie ?
Évolution de l'outil
Histoire sociale
Histoire financière et les différentes fusions
Évènements de la fermeture

L'Asbl " SOS Dépannage "
propose différents services d'aides aux personnes :
Des services effectués à domicile : peinture, revêtement de murs et sols
Des services d'aides ménagères : différents travaux de ménage
Des travaux effectués en atelier : vente de vêtements de seconde main, atelier de repassage et atelier de couture

Pour toutes informations complémentaires :
SOS Dépannage Matériel
Rue des Déportés, 39
6700 Arlon
Tél: 063/21.88.33
Fax: 063/22.28.46

 


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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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