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Le CIEP/MOC
Luxembourg a choisi pour ses activités 2005 un fil conducteur
: la démocratie face aux extrémismes. Cette session
d'activités a démarré en février 2005
par un travail de mémoire guidé par cette phrase de
Gandhi : " Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont
condamnés à le revivre. " Souvenir de 1930, la
montée des fascismes au cur des démocraties.
Souvenir de 1940, le nationalisme et son aboutissement guerrier.
Souvenir de 1942, le racisme et les exterminations de masse.
Se souvenir
pour tirer les leçons du passé. Ce fut le sens des
expositions " Triangle rouge " et " Si je t'oublie
", des conférences de monsieur Rotenbach sur la déportation,
de Francis Balace sur le rexisme, de l'exposé de Bichara
Kader sur l'histoire commune et en tension du christianisme et de
l'islam. A chaque fois un travail de réflexion a pu articuler
le passé et ses folies meurtrières au présent
et à l'avenir. Le présent, c'est un peu partout en
Europe la montée de néo-fascismes qui avancent masqués
mais d'où émerge invariablement le même mélange
de nationalisme (le territoire sacré), de racisme (le droit
du sang) et de repli identitaire (le rejet de l'autre).
Ne pas oublier.
Toujours les mouvements fascistes qui ont accédé au
pouvoir ont mis en uvre avec une violence inouïe les
menaces proférées contre la démocratie sociale.
Les régimes fascistes ont interdit les grèves, dissous
les syndicats indépendants, éliminé les opposants
politiques et généreusement financé les industries
de l'armement. Toujours ils ont redessiné les frontières
entre le privé et le public et dénié à
l'individu tout droit en dehors des intérêts de la
communauté. Toujours ils ont étendu les pouvoirs des
exécutifs, du parti ou de l'État. Finalement ils ont
lâché la bride à des émotions agressives
qui ont culminé dans la guerre et le génocide.
Il a fallu aux
fascismes d'hier, il faut aux néo-fascismes d'aujourd'hui
un ennemi diabolisé contre lequel mobiliser les troupes.
Chaque communauté a choisi ou choisit le sien : en Allemagne
nazie, le juif ; en Italie mussolinienne, le slovène ; en
France de Le Pen, le maghrébin ; en Flandres du Vlaams Belang,
le wallon ; en Wallonie de
Invariablement la mobilisation
d'extrême-droite repose sur les mêmes données
: le sentiment d'une crise majeure, la primauté du groupe,
la croyance que son groupe d'appartenance est une victime soumise
aux effets corrosifs de l'autre, l'esthétique de la violence
et l'efficacité de la volonté, le droit du peuple
élu à dominer.
Que craindre
? L'arrivée de l'extrémisme au pouvoir, en coalition
ou seul. Ce risque ne peut pas être négligé.
Mais aussi et plus immédiatement, la pollution du débat
politique par le racisme, l'exclusion, la discrimination, la limitation
des libertés.
Que faire ?
D'abord, bien intégrer que la démocratie est un bien
fragile, qu'elle n'est pas un acquis mais une valeur sans cesse
à reconstruire. Ensuite accepter chacun d'assumer sa responsabilité
de citoyen qui refuse le recul de la liberté au détriment
de la sécurité, qui n'accepte pas le pilonnage idéologique
dont l'impôt est victime, qui préfère l'intérêt
général aux particularismes, qui dénonce les
clichés et préjugés qui détruisent les
identités sociales des plus fragiles.
Qu'espérer
? Espérer en une Education permanente qui fait que chacun
dépasse l'horizon de son identité pour rejoindre un
espace collectif de reconnaissance de l'autre. Espérer en
la culture qui fait que le présent et l'avenir se construisent
en intégrant les leçons du passé. Espérer
en l'homme, en sa capacité de dépassement du mal,
en son sens de la justice, vertu cardinale et socle d'un monde en
paix.
Bernard Kerger
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