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KN: D'où
vous est venue l'envie de travailler dans le secteur social?
JM: Je suis
issue d'un milieu assez modeste. Mes frères et surs
et moi, nous avons donc dû nous serrer les coudes. De cette
période difficile, j'ai la conviction profonde que, devant
toute chose pénible à vivre, il faut tenter de prendre
du recul et de rebondir pour ne pas se laisser engluer par les soucis.
Cette manière de voir les choses, m'est fort utile dans mon
métier. Peut-être est-ce donc à partir de là
que m'est venue l'envie d'évoluer dans un secteur où
je pourrais venir en aide à d'autres? Quoiqu'il en soit c'est
assez logiquement que j'ai entrepris des études d'assistante
sociale.
KN: Après
vos études, quelle a été votre première
expérience professionnelle?
JM: A la fin
de mes études, j'ai effectué plusieurs remplacements
à " SOS Enfants " et puis j'ai été
contactée pour intégrer une équipe très
motivée autour de la création d'une maison d'accueil
pour femmes battues à Virton, c'était en 1992. Nous
étions 4 ou 5 à porter ce projet à bras le
corps et son aboutissement reste une de mes grandes satisfactions.
Ce travail dans ce qui est devenu " La maison du pain "
m'a tout appris au niveau professionnel : le travail en équipe,
le respect de la personne en difficulté,
D'un point de vue matériel, il fallait batailler pour trouver
des fonds, tenter de faire comprendre au voisinage l'importance
de la création d'une telle maison, accompagner les résidentes
dans leurs démarches, veiller à l'entretien de la
maison,
D'un point de vue humain, les relations qui se construisent au fil
des jours dans une maison de ce type avec les pensionnaires sont
enrichissantes.
Bref, ce fut à la fois riche et difficile mais on y est arrivées.
KN: Qu'est-ce
qui vous a poussée à vous réorienter vers un
nouveau travail ?
JM: Je suis
restée là-bas jusqu'en 2003. J'étais enceinte
de mon troisième enfant à cette époque et j'ai
été écartée du travail pour raisons
médicales. Cette période au calme chez moi m'a permis
de prendre du recul par rapport à ce que je vivais à
la maison du pain. Ce fut l'occasion de faire une sorte de constat
: j'avais accumulé quelques déceptions par rapport
à des pensionnaires en qui j'avais donné ma confiance,
le travail empiétait de plus en plus sur ma vie privée
et, qui plus est, j'avais reçu des menaces. Toutes ces choses
m'ont poussée à me réorienter et c'est un peu
par hasard que j'ai postulé à la Mutualité
Chrétienne en tant que chef de service du service social.
KN: On imagine
que le travail est fort différent à la Mutuelle ?
JM: Après
plus de 10 ans passés à la Maison du Pain, le moins
que l'on puisse dire, c'est que la vision du travail est différente.
Ici, il faut bien davantage développer l'aspect " politique
" des choses, s'obliger à prendre du recul pour envisager
les problèmes de manière globale et les relayer auprès
des autres services et de la direction.
Il y a aussi une dimension qui est nouvelle pour moi, c'est la gestion
de l'équipe. Je suis en effet responsable de mettre un cadre
de travail sécurisant, des balises. Je dois veiller à
faire respecter le règlement mais attention, je ne me considère
pas du tout comme une " chef " par rapport à mes
collègues. Je privilégie les relations de confiance
et j'insiste sur la nécessité que tout le monde soit
solidaire. La façon très positive dont ça se
passe m'encourage à continuer dans cette voie.
KN: Vu de
l'extérieur, on ne connaît pas bien le service social,
quel est son rôle?
JM: Pour beaucoup
de personnes, la maladie est une situation qui peut entraîner
des conséquences économiques, sociales et psychologiques
relativement importantes. Nous sommes là pour tenter d'apporter
des réponses et, si possible, des solutions lorsque ces problèmes
surgissent. Les assistants sociaux ont donc pour mission de répondre
aux situations qui se posent à la mutuelle et dans les autres
domaines sociaux, d'anticiper certains problèmes administratifs
qui pourraient surgir et de tenter de faire valoir de nouveaux droits
si c'est nécessaire. Un pan important de notre travail est,
par exemple, d'intervenir dans des situations clés de la
vie: la naissance, l'accident, le maintien à domicile, le
décès,... Cela se fait en collaboration avec des services
extérieurs pour mettre en place des choses concrètes.
KN: Comment
travaillez-vous concrètement?
JM: Nous voulons
rester à proximité des patients pour leur éviter
au maximum de déplacements. Pour ce faire, nous assurons
des permanences dans les CMS (Centre Mutuelliste de Santé,
un par arrondissement) et les secrétariats locaux. Nous nous
rendons également au domicile des patients. En outre, dès
qu'une personne est convoquée par le médecin conseil,
nous avons un entretien avec elle avant son entrevue avec ce dernier.
Toutes ces rencontres se font dans un esprit d'écoute et
en totale discrétion. Notre particularité dans l'accompagnement
des membres est la possibilité de porter une vision globale,
ce qui nous permet d'apporter une réponse plus adéquate
à ce que vit la personne dans son quotidien. Pour répondre
aux différentes questions, nous avons besoin de construire
des partenariats tant à l'interne (avec les autres services:
indemnités, assurabilité, tarification,
et
les mouvements) qu'à l'externe (avec les hôpitaux,
les CPAS, ASD,
). Notre travail de service aux membres n'est
pas possible sans ces collaborations entre partenaires.
KN: Votre
fonction de chef de service vous permet-elle encore d'avoir des
contacts avec l'extérieur et d'exercer ainsi votre vrai métier,
celui d'assistante sociale?
JM: C'est très
important pour moi de garder un contact avec les affiliés
et donc, en principe, c'est moi qui assure l'entretien individuel
avec les personnes avant les consultations auprès du médecin
conseil d'Arlon. Sinon, j'attends beaucoup des retours des assistants
sociaux qui sont sur le terrain, la récolte de leurs informations
est importante. J'essaie de rester un maximum à leur disposition
et à leur écoute. Nous nous voyons d'ailleurs tous
(nous sommes 12) pour une mise en commun tous les mois. Ce temps
d'arrêt est nécessaire pour se former aux nouvelles
législations et réfléchir ensemble à
la façon dont nous pouvons apporter un meilleur service aux
membres. Je suis la porte - parole des travailleurs sociaux du terrain
auprès des différents lieux de réflexion de
la Mutuelle. Je dois également assumer différents
mandats de représentation à l'extérieur (ASD,
Eglantine, Plateforme de soins palliatifs, Baby Service,
).
Ce sont des endroits où je représente la Mutualité
et où l'on parle aussi beaucoup de social.
KN: Quelles
sont, par exemple, les choses que les assistants sociaux peuvent
mettre actuellement en évidence dans le cadre des rencontres
avec les patients?
JM: On a déjà
constaté qu'au début du mois de septembre, période
à laquelle il a fait relativement beau, des personnes étaient
en difficulté pour se chauffer. Pour beaucoup, il n'est pas
possible de sortir une grosse somme d'argent pour le chauffage alors
que c'est un poste incontournable. Dans les publics un peu plus
favorisés, certains décideront de réduire le
poste vacances ou loisirs par exemple mais notre public n'a pas
ce choix délibéré et, parfois, c'est le poste
santé qui en pâtit. Cela nous préoccupe beaucoup
actuellement.
KN: Quels
sont les aspects positifs de ce travail?
JM: Je puise
toujours autant de plaisir dans les contacts humains. Cela me permet
d'être à l'écoute et de proposer des pistes
d'amélioration. Je suis aussi très heureuse de constater
qu'autour de moi, les gens me témoignent de la confiance
et que je peux développer un aspect plus politique dans les
instances de la Mutualité.
KN: A l'inverse,
quels sont les aspects négatifs?
JM: Il m'est
assez difficile de me fixer des limites et de garder du temps pour
moi. Arriver à prendre du recul n'est pas toujours simple
et c'est assez fatigant d'assurer une présence dans un maximum
de lieux.
KN: Y a -
t'il quelque chose qui vous rende fière d'une manière
générale?
JM: Ce dont
je suis la plus fière c'est d'avoir pu construire une famille
comme la mienne, un mari et trois enfants: Thomas (12 ans), Céline
(9 ans) et Annelise (2 ans et demi). Je mise beaucoup sur eux et
c'est auprès d'eux que je me ressource. Je suis aussi fière
d'avoir des relations de travail positives et d'avoir une très
bonne équipe autour de moi. Bref, ce qui est important et
apporte de l'équilibre c'est d'avoir des relations où
chaque personne se sente bien.
KN: Si vous
aviez la possibilité d'exaucer un vu, quel serait-il?
JM: Ca peut
paraître un peu niais à certains, mais je souhaiterais
rendre la santé à tout le monde et supprimer ainsi
la souffrance. Ma devise est: il faut profiter du bonheur qui est
là et arrêter de donner trop d'importance à
des choses qui n'en valent pas la peine. Je voudrais la faire partager.
KN: Comment
se dessine l'avenir du service social?
JM: Je pense
que notre Service à la population gardera sa raison d'être
car nous risquons de voir davantage une augmentation qu'une diminution
des dossiers pris en charge. Notre rôle reste plus que jamais
de veiller à aider les personnes fragilisées par les
petits évènements de la vie qui s'accumulent. Notre
souci reste que la Sécurité sociale continue à
prendre en compte tous les membres de la société quels
qu'ils soient.
K.
Noiret
Service social
d'Arlon: 063/211.741
Interview
alternative
Quelles
sont les vacances de vos rêves ?
Je me vois bien faire un itinéraire à vélo
en famille dans un endroit pas trop vallonné avec une bonne
cuisine du terroir qui nous attendrait le soir: pourquoi pas en
Bourgogne, comme ça on aurait le bon vin en plus!
Quel
est votre livre de chevet ?
Il s'agit d'un livre qui traite de toute une série d'approches
possibles au niveau des médecines douces
Quel
est le dernier CD que vous avez acheté ?
C'était pour mon fils: Crazy Frog
Quel
est le dernier film que vous êtes allée voir au cinéma
?
Les Indestructibles, en famille
Qu'est-ce
qui vous rend heureuse ?
Ma vie de famille
Quel
est votre plat préféré ?
J'aime beaucoup de choses, ce qui compte c'est l'authenticité,
le terroir alors le plat dépendra de l'endroit où
je suis.
Citez-nous
une personnalité que vous admirez.
C'est ma grand-mère qui me vient à l'esprit pour tout
ce qu'elle a fait et donné durant sa vie.
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