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Perspectives MOC n°29

Faisons connaissance avec :

Jocelyne MARCHAND,
Responsable du Service social de la Mutualité Chrétienne

 

KN: D'où vous est venue l'envie de travailler dans le secteur social?

JM: Je suis issue d'un milieu assez modeste. Mes frères et sœurs et moi, nous avons donc dû nous serrer les coudes. De cette période difficile, j'ai la conviction profonde que, devant toute chose pénible à vivre, il faut tenter de prendre du recul et de rebondir pour ne pas se laisser engluer par les soucis. Cette manière de voir les choses, m'est fort utile dans mon métier. Peut-être est-ce donc à partir de là que m'est venue l'envie d'évoluer dans un secteur où je pourrais venir en aide à d'autres? Quoiqu'il en soit c'est assez logiquement que j'ai entrepris des études d'assistante sociale.

KN: Après vos études, quelle a été votre première expérience professionnelle?

JM: A la fin de mes études, j'ai effectué plusieurs remplacements à " SOS Enfants " et puis j'ai été contactée pour intégrer une équipe très motivée autour de la création d'une maison d'accueil pour femmes battues à Virton, c'était en 1992. Nous étions 4 ou 5 à porter ce projet à bras le corps et son aboutissement reste une de mes grandes satisfactions. Ce travail dans ce qui est devenu " La maison du pain " m'a tout appris au niveau professionnel : le travail en équipe, le respect de la personne en difficulté,…
D'un point de vue matériel, il fallait batailler pour trouver des fonds, tenter de faire comprendre au voisinage l'importance de la création d'une telle maison, accompagner les résidentes dans leurs démarches, veiller à l'entretien de la maison,…
D'un point de vue humain, les relations qui se construisent au fil des jours dans une maison de ce type avec les pensionnaires sont enrichissantes.
Bref, ce fut à la fois riche et difficile mais on y est arrivées.

KN: Qu'est-ce qui vous a poussée à vous réorienter vers un nouveau travail ?

JM: Je suis restée là-bas jusqu'en 2003. J'étais enceinte de mon troisième enfant à cette époque et j'ai été écartée du travail pour raisons médicales. Cette période au calme chez moi m'a permis de prendre du recul par rapport à ce que je vivais à la maison du pain. Ce fut l'occasion de faire une sorte de constat : j'avais accumulé quelques déceptions par rapport à des pensionnaires en qui j'avais donné ma confiance, le travail empiétait de plus en plus sur ma vie privée et, qui plus est, j'avais reçu des menaces. Toutes ces choses m'ont poussée à me réorienter et c'est un peu par hasard que j'ai postulé à la Mutualité Chrétienne en tant que chef de service du service social.

KN: On imagine que le travail est fort différent à la Mutuelle ?

JM: Après plus de 10 ans passés à la Maison du Pain, le moins que l'on puisse dire, c'est que la vision du travail est différente. Ici, il faut bien davantage développer l'aspect " politique " des choses, s'obliger à prendre du recul pour envisager les problèmes de manière globale et les relayer auprès des autres services et de la direction.
Il y a aussi une dimension qui est nouvelle pour moi, c'est la gestion de l'équipe. Je suis en effet responsable de mettre un cadre de travail sécurisant, des balises. Je dois veiller à faire respecter le règlement mais attention, je ne me considère pas du tout comme une " chef " par rapport à mes collègues. Je privilégie les relations de confiance et j'insiste sur la nécessité que tout le monde soit solidaire. La façon très positive dont ça se passe m'encourage à continuer dans cette voie.

KN: Vu de l'extérieur, on ne connaît pas bien le service social, quel est son rôle?

JM: Pour beaucoup de personnes, la maladie est une situation qui peut entraîner des conséquences économiques, sociales et psychologiques relativement importantes. Nous sommes là pour tenter d'apporter des réponses et, si possible, des solutions lorsque ces problèmes surgissent. Les assistants sociaux ont donc pour mission de répondre aux situations qui se posent à la mutuelle et dans les autres domaines sociaux, d'anticiper certains problèmes administratifs qui pourraient surgir et de tenter de faire valoir de nouveaux droits si c'est nécessaire. Un pan important de notre travail est, par exemple, d'intervenir dans des situations clés de la vie: la naissance, l'accident, le maintien à domicile, le décès,... Cela se fait en collaboration avec des services extérieurs pour mettre en place des choses concrètes.

KN: Comment travaillez-vous concrètement?

JM: Nous voulons rester à proximité des patients pour leur éviter au maximum de déplacements. Pour ce faire, nous assurons des permanences dans les CMS (Centre Mutuelliste de Santé, un par arrondissement) et les secrétariats locaux. Nous nous rendons également au domicile des patients. En outre, dès qu'une personne est convoquée par le médecin conseil, nous avons un entretien avec elle avant son entrevue avec ce dernier. Toutes ces rencontres se font dans un esprit d'écoute et en totale discrétion. Notre particularité dans l'accompagnement des membres est la possibilité de porter une vision globale, ce qui nous permet d'apporter une réponse plus adéquate à ce que vit la personne dans son quotidien. Pour répondre aux différentes questions, nous avons besoin de construire des partenariats tant à l'interne (avec les autres services: indemnités, assurabilité, tarification, … et les mouvements) qu'à l'externe (avec les hôpitaux, les CPAS, ASD,…). Notre travail de service aux membres n'est pas possible sans ces collaborations entre partenaires.

KN: Votre fonction de chef de service vous permet-elle encore d'avoir des contacts avec l'extérieur et d'exercer ainsi votre vrai métier, celui d'assistante sociale?

JM: C'est très important pour moi de garder un contact avec les affiliés et donc, en principe, c'est moi qui assure l'entretien individuel avec les personnes avant les consultations auprès du médecin conseil d'Arlon. Sinon, j'attends beaucoup des retours des assistants sociaux qui sont sur le terrain, la récolte de leurs informations est importante. J'essaie de rester un maximum à leur disposition et à leur écoute. Nous nous voyons d'ailleurs tous (nous sommes 12) pour une mise en commun tous les mois. Ce temps d'arrêt est nécessaire pour se former aux nouvelles législations et réfléchir ensemble à la façon dont nous pouvons apporter un meilleur service aux membres. Je suis la porte - parole des travailleurs sociaux du terrain auprès des différents lieux de réflexion de la Mutuelle. Je dois également assumer différents mandats de représentation à l'extérieur (ASD, Eglantine, Plateforme de soins palliatifs, Baby Service,…). Ce sont des endroits où je représente la Mutualité et où l'on parle aussi beaucoup de social.

KN: Quelles sont, par exemple, les choses que les assistants sociaux peuvent mettre actuellement en évidence dans le cadre des rencontres avec les patients?

JM: On a déjà constaté qu'au début du mois de septembre, période à laquelle il a fait relativement beau, des personnes étaient en difficulté pour se chauffer. Pour beaucoup, il n'est pas possible de sortir une grosse somme d'argent pour le chauffage alors que c'est un poste incontournable. Dans les publics un peu plus favorisés, certains décideront de réduire le poste vacances ou loisirs par exemple mais notre public n'a pas ce choix délibéré et, parfois, c'est le poste santé qui en pâtit. Cela nous préoccupe beaucoup actuellement.

KN: Quels sont les aspects positifs de ce travail?

JM: Je puise toujours autant de plaisir dans les contacts humains. Cela me permet d'être à l'écoute et de proposer des pistes d'amélioration. Je suis aussi très heureuse de constater qu'autour de moi, les gens me témoignent de la confiance et que je peux développer un aspect plus politique dans les instances de la Mutualité.

KN: A l'inverse, quels sont les aspects négatifs?

JM: Il m'est assez difficile de me fixer des limites et de garder du temps pour moi. Arriver à prendre du recul n'est pas toujours simple et c'est assez fatigant d'assurer une présence dans un maximum de lieux.

KN: Y a - t'il quelque chose qui vous rende fière d'une manière générale?

JM: Ce dont je suis la plus fière c'est d'avoir pu construire une famille comme la mienne, un mari et trois enfants: Thomas (12 ans), Céline (9 ans) et Annelise (2 ans et demi). Je mise beaucoup sur eux et c'est auprès d'eux que je me ressource. Je suis aussi fière d'avoir des relations de travail positives et d'avoir une très bonne équipe autour de moi. Bref, ce qui est important et apporte de l'équilibre c'est d'avoir des relations où chaque personne se sente bien.

KN: Si vous aviez la possibilité d'exaucer un vœu, quel serait-il?

JM: Ca peut paraître un peu niais à certains, mais je souhaiterais rendre la santé à tout le monde et supprimer ainsi la souffrance. Ma devise est: il faut profiter du bonheur qui est là et arrêter de donner trop d'importance à des choses qui n'en valent pas la peine. Je voudrais la faire partager.

KN: Comment se dessine l'avenir du service social?

JM: Je pense que notre Service à la population gardera sa raison d'être car nous risquons de voir davantage une augmentation qu'une diminution des dossiers pris en charge. Notre rôle reste plus que jamais de veiller à aider les personnes fragilisées par les petits évènements de la vie qui s'accumulent. Notre souci reste que la Sécurité sociale continue à prendre en compte tous les membres de la société quels qu'ils soient.

K. Noiret

Service social d'Arlon: 063/211.741

Interview alternative

Quelles sont les vacances de vos rêves ?
Je me vois bien faire un itinéraire à vélo en famille dans un endroit pas trop vallonné avec une bonne cuisine du terroir qui nous attendrait le soir: pourquoi pas en Bourgogne, comme ça on aurait le bon vin en plus!

Quel est votre livre de chevet ?
Il s'agit d'un livre qui traite de toute une série d'approches possibles au niveau des médecines douces

Quel est le dernier CD que vous avez acheté ?
C'était pour mon fils: Crazy Frog

Quel est le dernier film que vous êtes allée voir au cinéma ?
Les Indestructibles, en famille

Qu'est-ce qui vous rend heureuse ?
Ma vie de famille

Quel est votre plat préféré ?
J'aime beaucoup de choses, ce qui compte c'est l'authenticité, le terroir alors le plat dépendra de l'endroit où je suis.

Citez-nous une personnalité que vous admirez.
C'est ma grand-mère qui me vient à l'esprit pour tout ce qu'elle a fait et donné durant sa vie.



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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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