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Perspectives MOC n°30

Editorial

 

En ce début de siècle, dessiner une pensée politique du monde semble plus simple qu'en d'autres temps. Les sociétés de l'Europe occidentale et de l'Amérique du Nord et quelques autres ont réalisé un équilibre neutre, libéré des transcendances et des idéologies en conciliant démocratie représentative, économie de marché et respect des droits de l'homme. Les autres pays partagés entre autorité et chaos sont destinés à rejoindre les rangs des démocraties libérales de marché, de gré ou de force et à des vitesses variables. C'est la thèse de la fin de l'histoire : il n'y aurait donc plus rien à inventer politiquement.

Cette pensée politique de l'inéluctable nous aveugle, nous occidentaux. Elle constitue une pensée unique qui étouffe tout questionnement et tout débat sur le renouvellement du projet politique. Et pourtant, partout dans le monde, on constate une multiplication des conflits locaux, tribaux, ethniques, économiques, nationaux. Partout des organisations criminelles ou des bandes armées constituent un monde du non-droit. Dans ce contexte sommes-nous sûrs du triomphe de la démocratie et d'être à l'abri d'un retour de totalitarismes renouvelés ?

Le retour à un fascisme de type classique est peu probable mais la montée régulière des partis xénophobes en Europe ne permet pas de l'exclure. Dans la première moitié du 20ème siècle, le fascisme s'est alimenté d'une crise économique marquée par le chômage massif, la pauvreté et la désespérance des gens. A certains égards, le capitalisme débridé d'aujourd'hui débouche sur les mêmes maux et un peu partout l'extrême droite progresse.

Certes les intégrismes islamistes se distinguent des totalitarismes classiques par leur référence au livre révélé mais les passions mobilisées par le fanatisme religieux et les formes de gouvernement théocratique qui lui sont associées ne sont pas très différentes des totalitarismes européens d'hier. Comme eux autrefois, l'islamisme radical aujourd'hui mêle fascination et rejet de la modernité.

Et puis un glissement progressif du pouvoir s'est effectué du politique vers l'économique. Quand toutes les sphères de l'existence sociale, art et culture, science et technique, éducation et santé, pensée et religion se résorbent dans l'économie et le marché, les caractéristiques du totalitarisme sont rassemblées. Moins visible et à ce titre plus insaisissable mais tout aussi profond et ravageur pour les libertés fondamentales.

Enfin au nom de l'autonomie individuelle on assiste au recul de toutes les formes associatives politiques. Le citoyen reste alors seul face au pouvoir et apparaît comme un atome constitutif d'une masse à laquelle il appartient et qui en même temps le dépasse. Cette situation rappelle que autrefois, tous les mouvements totalitaires arrivés au pouvoir ont posé un premier acte, supprimer les corps intermédiaires et notamment les syndicats et partis.

Mais le risque somme toute le plus probable est celui d'une combinaison de ces dérives. La progression des idées xénophobes, le renouvellement des intégrismes religieux, la toute puissance du marché envahissant et l'atomisation des identités constituent un cocktail inquiétant. La lutte contre le totalitarisme doit aujourd'hui inclure chacune de ces données dans sa réflexion pour pouvoir développer une stratégie efficiente.

Bernard Kerger


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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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