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Toute interrogation sur l'identité rencontre la question
: " Qui suis-je ? " ou quand il s'agit d'une identité
collective : " Qui sommes-nous ? ". Plusieurs réponses
sont conceptuellement possibles.
La première s'exprime en termes d'identité spécifique
et se réfère à l'espèce humaine : "
Je suis homme ". Par cette identité d'espèce,
nous exprimons notre EGALITE au-delà de l'âge, de la
race, du sexe...
Une deuxième réponse cerne au contraire le caractère
unique de l'identité. Elle retient ce qui fait de chacun
un être humain différent de tous les autres êtres
humains. Elle isole une identité irréductible à
travers l'originalité historique du personnage. Le "
Qui suis-je ? " devient " Quelle est mon histoire particulière?
". La conscience de la différence induit le respect
de cette différence dans l'autre, la tolérance et
la LIBERTE.
Une troisième réponse, plus commode, repose sur un
jeu de langage qui référencie la personne à
diverses identités collectives : je suis de nationalité
belge, je suis de sexe masculin, je suis militant au MOC
L'identité
individuelle s'exprime alors par le croisement d'identités
collectives et les communautés de vie ainsi entrecroisées
définissent les espaces de FRATERNITE. Chacun ne peut dire
" Je " qu'en pensant " Nous ".
On le voit, la problématique de l'identité tient
à une difficile tension entre un pôle d'individualité
et un pôle de communauté. Avec la philosophie politique
anglaise du 17ème siècle, la société
moderne a trouvé un système capable de désactiver
ce champ de tension en s'appuyant sur la neutralité idéologique
de l'Etat. C'est-à-dire l'affirmation de la liberté
pour l'individu de cultiver dans la sphère privée
les opinions et les convictions lui semblant les meilleures.
Le chemin fut long et difficile mais aujourd'hui, après
un siècle marqué par les appartenances idéologiques
les plus contradictoires, ces principes posent question. Ces principes
valorisent exclusivement les libertés de l'individu, isolément.
Ils renvoient les appartenances hors de l'espace politique. N'ont-ils
pas fait preuve d'une abstraction excessive ? Suffit-il encore de
renvoyer les identités collectives, notamment culturelles
à la sphère privée ? Comment faire lien dans
la cité ?
Une première réponse - dangereuse à nos yeux
- peut être de rectifier la trajectoire de l'individualisme
en recréant un sentiment d'appartenance et en refondant la
cité sur les contenus de la tradition, de la religion ou
de l'ethnie. La voie est étroite qui sépare ce type
d'appel du repli communautarien. Ne creuse-t-on pas par là
le lit d'une fragmentation de la société ?
La seule réponse possible est, sans doute, proprement politique.
La création de structures plus participatives et plus démocratiques,
de bas en haut de la société, redonne aux individus
le sentiment que l'exercice de leur implication politique est utile.
La délibération collective quant à la détermination
de la loi bonne inscrit le citoyen dans une dynamique de la reconnaissance
et d'identification qui peut réconcilier le " Je "
et le " Nous ". L'échelon communal est par sa proximité
celui qui se prête le mieux à l'ouverture de ces espaces
de discussion. Il est en ce sens, fondateur de la cité.
Bernard Kerger
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