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Perspectives MOC n°35

Faisons connaissance avec :
Jean-Luc Poncelet, président du MOC Luxembourg

 

Jean-Luc Poncelet est depuis quelques mois le nouveau Président du MOC Luxembourg. Certains le connaissent comme coordonnateur du CEFA Sud Luxembourg… Faisons connaissance…

KN : Vous êtes depuis peu Président du MOC Luxembourg, pourquoi avez-vous fait le choix de vous y investir ?
JLP : Je pense que le MOC, au travers de ses actions, se soucie du plus faible et tente d'amener chacun à son épanouissement. Par ailleurs, de par ma fonction de coordonnateur de CEFA, je dois être en contact avec les acteurs socioéconomiques. Le M.O.C., de par les valeurs qu'il défend et les organisations qui le composent rencontre mes préoccupations. Pour le moment, je suis un Président fort à l'écoute et j'observe beaucoup. Certaines choses m'ont déjà étonné, je pense que des améliorations devront être apportées et je compte m'y atteler tout en tentant de mettre tout le monde d'accord. J'ajoute pour être tout à fait complet que le monde du MOC ne m'est pas inconnu puisque mes parents y ont été forts actifs. D'abord comme propagandistes à la J.O .C. C'est d'ailleurs Monseigneur Cardijn qui les a mariés !! Puis papa aux équipes populaires et à la Mutualité Chrétienne et maman à Vie Féminine. Mais c'était à une autre époque…

KN : Ici, en province du Luxembourg ?
JLP : Oui, je suis arlonais d'origine et j'habite Arlon. Mon père a été ouvrier quelques années à Longwy, puis a travaillé aux équipes populaires à Marche avant de s'installer à Arlon puisque engagé au service pension à la Mutualité chrétienne.

KN : Parlez-nous de votre parcours professionnel
JLP : Après mes humanités à l'ISMA, j'y ai fait un régendat en français, histoire et religion. J'ai commencé à enseigner à Athus, à l'IMMA (aujourd'hui l'Institut Cardijn Lorraine Athus). On était en 1979, les usines venaient tout juste de fermer, je me retrouvais donc avec des enfants issus très majoritairement du monde ouvrier, j'y suis resté douze ans. Au fil du temps, ma fonction a évolué. Pendant des années, je me suis occupé de ce que l'on appelle les classes d'accueil, ces jeunes qui n'avaient pas réussi leurs primaires et que l'on destinait à l'enseignement professionnel. Je me suis donc assez bien investi autour d'eux en tant que titulaire de classe, j'oserais même dire plutôt instituteur dans la façon de les encadrer. J'aimais beaucoup ce « public » mais j'étais très insatisfait de son sort. Souvent, ces jeunes quittaient l'école à 18 ans après une troisième professionnelle ! Et même si ce niveau ouvre toujours le droit aux allocations d'attentes, c'est un peu court…

KN : Cette insatisfaction a fait bifurqué votre carrière…
JLP : Oui, nous étions alors en 1991, au moment des grandes grèves dans l'enseignement. J'y étais fort impliqué, à tel point que je me suis même fait matraqué le 27 septembre à Namur lors d'une manifestation mémorable ! Bref, cette période chahutée m'a permis de faire des connaissances et m'a fait connaître le CEFA qui ne s'appelait pas comme ça, c'était à l'époque le CEHR (Centre d'enseignement à horaire réduit). Le coordonnateur du CEFA de Virton cherchait quelqu'un pour Arlon. J'ai marqué mon intérêt pour la chose et tout s'est mis en place très rapidement.

KN : Vous avez alors immé-diatement sauté le pas ?
JLP : J'ai d'abord bénéficié d'un mi-temps pour étudier la faisabilité du projet. Au terme de celle-ci, j'ai décidé d'y rester. Cela a paru fort risqué et un peu fou aux yeux de certains à l'époque car je renonçais à ma nomination à Athus. Mais j'étais vraiment très confiant. Cela m'apparaissait comme étant la voie qui pouvait permettre d'arriver à autre chose pour les jeunes des classes d'accueil par exemple.

KN : En quoi, le CEFA permet-il une approche si différente de l'enseignement ?
JLP : Le slogan mis en évidence est « L'alternance fait la différence ! ». Le principe est de dispenser un enseignement avec des connais-sances générales, en partant de la situation très concrète que vit le jeune, en alternance avec 3 jours de travail en entreprise par semaine. Un autre atout de cet enseignement est la taille des groupes composés en moyenne de 8 ou 10 jeunes. Une toute autre ambiance ! Nous sommes là pour tenter de réussir là où l'enseignement de plein exercice a échoué.

KN : Pourquoi ces jeunes font-ils le choix de venir dans un CEFA ?
JLP : La réponse est presque toujours la même : « Je n'aime pas l'école ! ». En effet, contrairement à ce que l'on pourrait croire ils ne sont pas toujours en situation d'échec, mais par contre ils en ont marre de l'enseignement traditionnel, ils ont envie de gagner leur vie, de travailler,…

KN : Et du travail justement, ils en trouve ?
JLP : Dans le secteur de la construction nous flirtons avec les 100% d'emplois !! C'est ce qui m'a vraiment plu dans ce projet. C'est d'arriver à quelque chose avec ces jeunes, même si il y en a encore qui restent parfois sur le carreau…

KN : Quelles sont les options que vous proposez ?
JLP : Au niveau du CEFA Sud - Luxembourg, nous formons dans les secteurs de la construction (peintre, carreleur, maçon), de l'industrie (métallier), de l'horeca (commis de salle et commis de cuisine), et de l'économie (auxiliaire de magasin). Cette dernière est celle qui rencontre paradoxalement le plus de succès: elle est la plus scolaire et la moins garante d'emploi. A elle seule, elle draine plus d'un tiers des élèves.

KN : En tant que coordonnateur, quelle est votre fonction ?
JLP : Je n'ai malheureusement plus l'occasion de donner cours mais je suis là pour organiser les formations et coordonner l'action des accompagnateurs qui sont chargés d'encadrer les jeunes. En outre, je m'occupe aussi de la gestion des infrastructures avec le Conseil de Direction. Comme je l'ai souligné à la première question, je suis également en relation avec les entreprises, les syndicats, les fédérations patronales,… les acteurs du monde socio-économique en général. Je suis le garant du parcours de chaque jeune.

KN : Quel est le lien entre le MOC et le CEFA ?
JLP : En 1984, le MOC (au niveau communautaire) était co-fondateur des CEFA (CEHR). Au niveau local, des groupes d'encadrement locaux ont été constitués pour réunir les acteurs de l'insertion socioprofessionnelle. Ici dans le sud Luxembourg, depuis le début, il y a toujours eu un représentant du MOC qui y était présent.

KN : Quels sont les aspects positifs et négatifs de votre investissement en tant que Président du MOC ?
JLP : Le côté positif c'est le fait que mes deux « casquettes » se nourrissent l'une de l'autre. Pour moi le lien entre les deux est évident. Le côté négatif, c'est le manque de temps, je travaille à temps plein et trouver comment combiner les deux ne sera pas simple !

KN : Qu'est-ce qui vous rend fier ?
JLP : Ma famille, qui est très unie. Mon épouse est institutrice et nous avons quatre enfants (trois filles et un garçon). Je pense que face à certaines difficultés, la famille reste la meilleure réponse. Je le constate au quotidien dans mon travail : quand la famille n'est pas derrière le jeune en difficulté, ce n'est pas simple.

KN : Si vous aviez la possibilité d'exaucer un vœu, quel serait-il ?
JLP : J'ai toujours rêvé de devenir berger, entouré de moutons. J'ai une vraie passion pour la montagne et j'apprécie beaucoup la solitude des grands espaces.

KN : Avez-vous d'autres engagements ailleurs ?
JLP : J'ai été pendant longtemps président et entraîneur d'un club de badminton à Arlon, mais j'ai arrêté faute de temps. J'ai également été longtemps impliqué dans des mouvements de jeunesse mais je pense qu'il faut, à un moment, laissé la place aux jeunes.

KN : Quel pourrait être le mot de la fin ?
JLP : Je ne suis vraiment pas passéiste. J'ai horreur des gens qui ressassent que « c'était mieux avant… ». Ils ne sont pas heureux. Or, on se doit de l'être. Ne fut-ce que pour montrer l'exemple. Je cultive l'esprit qui veut qu'il y ait un avenir pour chacun. J'aime beaucoup cette phrase de Jean-Jacques Goldman : « Garde cette force de penser que le plus beau reste à venir ».

K. Noiret

 

CEFA ARLON
Rue Scheuer, 122 - 6700 Arlon
063/23.44.51

CEFA VIRTON
Rue des Fossés, 22 - 6760 Virton
063/60.83.10

Interview alternative

Quelles sont les vacances de vos rêves ?
Dans la nature sûrement, en montagne si possible. Pourquoi pas dans le grand nord canadien ?

Quel est votre livre de chevet ?
« Ma vie avec Mozart » d'Eric Emmanuel Schmitt

Quel est le dernier CD que vous avez acheté ?
C'était le dernier album de Laurent Voulzy

Quel est le dernier film que vous êtes allé voir au cinéma ?
Le dernier trappeur de Jean Vannier

Qu'est-ce qui vous rend heureux ?
La vie

Quel est votre plat préféré ?
Une tartiflette

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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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