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Perspectives MOC n°36

Une action dont on parle :
Les animations du CIEP sur la démocratie locale : feed-back réflexif (hein??)

De février à octobre 2006, le CIEP a rencontré près de 80 groupes de personnes dans la province autour du thème de la démocratie locale. Ces échanges ont été menés avec des personnes en situation de précarité, souvent sans emploi, parfois engagées dans des processus d'insertion. Plusieurs réflexions et observations interpellent.

1. Réinventer l'action sociale comme modalité de la démocratie

« La politique ? Les gens s'en foutent, ça ne les intéresse pas » est un constat commun, dressé aussi parfois par les organisations sociales. Et pourtant.

La première réaction exprimée plus ou moins explicitement lors des animations a été « beurk, on va parler de politique ». Mais une fois la glace brisée, les langues se délient : « je ne savais pas que je pouvais donner mon avis alors que je n'ai pas de diplôme, pas de travail » sitôt ternies par un sentiment d'impuissance « mais qu'est-ce qu'on peut faire alors ? ».

Force a été de constater que la plupart des dispositifs de participation (droit de vote, droit d'interpellation, commissions consultatives…) sont loin de convaincre. La cause ? Ces dispositifs, bien que reconnus par une loi, dépendent dans leur mise en place et leur fonctionnement de la bonne volonté du pouvoir local. De plus, les lieux d'expression sont perçus comme des calmants, des stratégies pour tenir les gens hors d'un état de révolte en leur donnant l'illusion d'une démocratie dont l'unique modalité serait la liberté d'expression. Cette liberté d'expression est inutile s'il n'y a pas diffusion et prise en compte des idées exprimées.

Dans bien des cas, ces personnes précarisées rejettent en bloc toute forme de délégation, de représentation. La crise de confiance ne touche pas que les délégués politiques; elle concerne toutes les organisations représentatives, syndicats notamment.

Les solutions esquissées par les participants sont alors d'un autre ordre : s'organiser en petits groupes de micro-solidarité qui s'apparentent à de l'autogestion du milieu de vie, se développent en réseau et échappent au contrôle social. Imperceptible pour qui la regarde avec des lunettes traditionnelles, la résistance au modèle dominant de l'art de vivre apparaît bien présente, en masse et avec un souci de la collectivité bien plus important qu'il n'y paraît même si elle s'y vit individuellement : « moi je fais ça, et si tout le monde fait comme moi ça ira mieux ».

Une nouvelle identité collective émerge en la figure du précaire. C'est là un levier non négligeable pour une action collective nouvelle qui acte que le travail n'est plus en état de fédérer la tranche la plus exclue de la société : dans bien des cas,il empêche de voir à long terme, bousille la santé, les relations familiales, les nerfs. Pour cette raison, le récent colloque organisé par vie Féminine sur « Femmes et précarité » est sans doute porteur et amorce un tournant décisif dans ce changement d'identité collective des plus faibles.

2. L'extrême droite n'est pas la seule menace pour la démocratie

«  L'extrême droite ne saurait pas être une menace pour la démocratie si la démocratie n'existe pas ! »

Dans les animations, un tableau répertoriait différents types de pouvoir en fonction des intérêts défendus. La démocratie n'est qu'un type de pouvoir, celui de tous, parmi d'autres (dictature, oligarchie, intérêts de ceux qui détiennent l'argent/capitalisme, intérêts de ceux qui détiennent la connaissance, intégrismes religieux, etc…). On constate alors combien peut être profond l'écart entre démocratie idéale et démocratie réelle.

L'extrême droite se présente aux élections sous forme d'un parti politique. Elle est donc clairement identifiable en tant qu'adversaire. Par contre, les autres formes de déviance sont beaucoup plus diffuses et pénètrent dans le système démocratique : qui pourrait affirmer que les intérêts des financiers, des « experts » ou simplement les intérêts personnels de certains dirigeants sont absents de la gestion publique ? Les personnes rencontrées dans les animations y sont très sensibles et beaucoup ne croient plus en la démocratie.

3. Exporter la démocratie ?

« La démocratie, c'est une idéologie qu'on a imposée aux pays du Sud en disant que tout irait mieux »

En Europe comme en Amérique, il n'y a pas une démocratie, mais des démocraties : leurs formes varient dans le temps et dans l'espace, en fonction de contextes particuliers. Les partis politiques eux-mêmes se construisent sur des bases identitaires très différentes selon les époques et les contextes sociaux : rapport de classes sociales, régionalismes, sensibilité environnementale, appartenance religieuse…

L'histoire nous montre que la démocratie dans une région est un processus qui évolue constamment et lentement. Et nous voudrions que, du jour au lendemain et par la force, d'autres nous imitent sans que cela ne crée de problème, sans que cela ne soit perçu comme de l'ingérence ?

M .Collin


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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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