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Perspectives MOC n°36

Faisons connaissance avec :
Agnès Burgraff (directrice de la Maison du Pain) et
Pierre-Alexis Brasseur (directeur du "Soleil du Coeur)

 

En province de Luxembourg, il existe différentes maisons d'accueil pour adultes et enfants en difficulté. Nous avons rencontré les responsables de deux maisons d'accueil du sud de la province : Marie-Agnès Burgraff, directrice de « La maison du pain », et Pierre-Alexis Brasseur, directeur de « Soleil du cœur ».

KN : Que peut-on dire à propos des personnes que vous hébergez ?
MAB : Notre spécificité est d'accueillir des femmes seules ainsi que des femmes accompagnées de leurs enfants. La plupart du temps, ces femmes ne travaillent pas et n'ont donc pas de ressources propres. C'est ce qui les amène ici. On peut dire que ce qui les caractérise est une très grande « passivité » dans leur propre vie.

PAB : De notre côté, nous n'accueillons que des hommes. Généralement, ils ont accumulé tellement de problèmes qu'ils se retrouvent sans-abri. Quand ils arrivent ici, ils sont au bout du rouleau.

KN : Ce sont exclusivement des personnes issues de la province ?
MAB : Nous donnons la priorité aux Luxembourgeoises : il est suffisamment difficile de franchir les portes d'une maison, il ne faut pas en plus les déraciner. Toutefois, dans des situations de violences conjugales importantes où il y a un danger potentiel, les femmes viennent d'assez loin pour être tenues éloignées de leur conjoint.

PAB : Les Luxembourgeois sont aussi très présents chez nous. Chez nous, c'est à cette époque de l'année qu'on voit arriver des hommes de plus loin car, quand les maisons d'accueil en ville sont pleines, il reste parfois encore de la place ici.

KN : Les personnes viennent-elles de leur propre gré ou à la suite d'un contact avec un service social ?
MAB : Pendant nos 10 premières années de fonctionnement, nous n'étions pas très connus et nos pensionnaires arrivaient via les services sociaux. A l'occasion de notre dixième anniversaire, nous avons fait de la publicité et, depuis, nous constatons que le taux d'occupation a augmenté. Le nombre d'entrées suite à des démarches personnelles est aussi en augmentation, l'info est donc bien passée.

PAB: On constate que dans ce type de milieux, le bouche à oreille fonctionne bien.

MAB: En effet. Nous nous en réjouissons car une personne qui vient chez nous par sa propre volonté, c'est souvent un gage de réussite.

KN : Et au Soleil du Cœur?
PAB : Au début, la police était notre principal pourvoyeur. En effet, dans beaucoup de situations familiales difficiles, le juge de paix décidait que l'homme devait être expulsé pour protéger la femme et les enfants. Mais aujourd'hui, un peu comme à la Maison du Pain, nous constatons que nous avons de plus en plus de demandes spontanées.

KN : Quelles sont les circonstances qui les amènent ici ?
MAB : Pour une grande majorité, il s'agit de problèmes conjugaux. Mais il y a aussi des situations liées au mal-être, au surendet-tement, à des expulsions de logement. Il y aussi des jeunes filles de 18 ans qui doivent quitter le domicile familial pour différentes raisons : recomposition familiale, maltraitance, mariage forcé,…

PAB : Chez nous aussi, les problèmes conjugaux sont importants mais ils ne sont pas les seuls et la moitié des résidents arrivent ici suite à une accumulation de problèmes : rupture sentimentale bien sûr, mais aussi perte d'emploi, dispute avec les enfants, dépression, alcoolisme,… Les jeunes en rupture avec la société et la famille composent l'autre moitié. Ils ont parfois des tendances caractérielles et très souvent n'ont pas de bagages scolaires.

KN : Les arrivées se font-elles dans l'urgence ou alors sont-elles planifiées ?
PAB : Au Soleil du Cœur, nous travaillons presque toujours dans l'urgence. Les services sociaux avec qui nous collaborons (les hôpitaux, les prisons,…) nous préviennent toujours très tard. Par ailleurs, nous connaissons beaucoup de problèmes consécutifs à des expulsions suite à des loyers impayés. Lorsque ces hommes se retrouvent à la rue, c'est chez nous qu'ils viennent.

MAB : Pour nous c'est un peu différent. S'il le faut, nous pouvons réagir dans l'urgence en partenariat avec la police. Mais, la plupart du temps, la personne donne un coup de téléphone et s'entretient alors avec une assistante sociale qui fait une première évaluation du profil de la personne (nombre de personnes à loger, type de problèmes, alcoolisme, drogue, déficience mentale?...). En réunion d'équipe, nous analysons toutes les demandes et nous voyons celles auxquelles nous pouvons répondre favorablement.

KN : Quels types de logements proposez-vous?
MAB : A la Maison du Pain, nous avons une capacité de 20 lits. Le défi est d'essayer de moduler les chambres pour ne pas séparer les mamans des enfants. Par la suite, nous pouvons également leur proposer un logement en appartement (nous en avons 8) pour qu'elles puissent se diriger vers plus d'autonomie.

PAB : Le Soleil du Cœur a une capacité de 16 lits qui se répartissent en 13 chambres individuelles avec sanitaires et 3 lits en chambre communautaire. Nous devons malheureusement refuser les demandes d'hébergement de familles car nous ne disposons pas de l'agrément pour les accueillir.

KN : Quels types d'aides mettez-vous en place ?
MAB : Ca dépend. Pour certaines femmes mises en danger, c'est avant tout leur permettre de se sentir en sécurité chez nous. Ensuite, nous les écoutons parler de leurs problèmes. Cette parenthèse dans leur vie leur permet parfois de se demander : « Quel rôle est-ce que je peux encore jouer dans ma vie ? ». Lorsqu'elles se sont fixé un objectif (s'occuper de leurs enfants, retrouver un logement, se sortir du surendettement,…) nous mettons en place tout ce que nous pouvons pour les aider à être bien avec elles-mêmes (psycho-thérapeute, kiné, ateliers artistiques,…). Les assistantes sociales les aident aussi à prendre à bras le corps les problèmes plus pratiques tels que bénéficier d'une couverture mutuelle, d'un revenu de remplacement, d'un étalement des dettes,…

PAB : Beaucoup de nos pensionnaires arrivent en mauvaise santé. Ici, le temps s'arrête aussi un peu pour eux : on leur laisse faire ce break dont ils ont tant besoin. A leur arrivée, nous leur offrons de pouvoir satisfaire des besoins élémentaires : se loger, se nourrir, se vêtir. D'ailleurs à la Maison du Pain et au Soleil du Cœur nous sommes des habitués du vestiaire de la Croix Rouge de Virton ...
Mais nous aidons surtout les pensionnaires à se remettre en ordre administrativement à la mutuelle, au syndicat,…nous les aidons à établir leurs capacités, à rédiger leur CV. Nous leur proposons de les véhiculer vers les différents organismes où ils peuvent trouver de l'aide. Le but ultime est de leur permettre de retrouver un emploi ou une couverture mutuelle car, sans ça, il n'y a pas d'autonomie possible. D'un point de vue plus culturel, nous organisons des sorties vers la bibliothèque, le cinéma, certaines expos,…

MAB : C'est vrai que la culture est un outil précieux. Nous avons d'ailleurs créé un groupe qui s'appelle « a cappella » et qui propose des activités culturelles.

KN : Que peut-on dire à propos des maisons proprement dites ?
MAB : «  La Maison du pain » se situe dans les locaux de l'ancien carmel de Virton que nous louons via un bail emphythéotique. Grâce à une importante récolte de fonds, nous l'avons complètement rénové l'année dernière. C'est un gain énorme pour les femmes accueillies : plus de lumière, plus d'espace,… les lieux sont bien plus accueillants.

PAB : C'est vrai que l'hébergement des femmes et des enfants y a beaucoup gagné! Au Soleil du Coeur, nous sommes propriétaires de la maison et nous avons également acquis le bâtiment voisin. Il est actuellement en travaux, nous espérons que nous pourrons ainsi accueillir des familles car nous avons pas mal de demandes.

KN : Quels sont les éléments qui vont aider les personnes à se remettre sur des rails ?
MAB : Avant tout, il faut qu'elles arrivent à se sentir bien. Pour les mamans, qu'elles puissent établir des relations positives avec leurs enfants. Et pour toutes les femmes, il faut qu'elles puissent gérer les problèmes de la vie quotidienne. qu'elles arrivent à poser des limites vis-à-vis d'un conjoint, d'un employeur,… et à gérer leur budget (dans les cas de surendettement par exemple). Après tout cela, si elles arrivent à trouver un travail, c'est très bien mais ce n'est pas le but principal.

PAB : Pour nous, le but premier est qu'ils se rétablissent physiquement et psychologiquement et ensuite qu'ils obtiennent un revenu de remplacement et une couverture mutuelle. C'est pour eux la seule façon de ne pas vivre avec une épée de Damoclès. Trouver un logement est également prioritaire. Lors de leur sortie, nous leur fournissons une aide plus matérielle : nous leur cherchons du mobilier, de la vaisselle, nous les aidons pour le déménagement proprement dit et nous leur fournissons un colis de base avec de la nourriture.

MAB : La Maison du Pain aide aussi les jeunes filles et les mamans à trouver un logement décent à un prix correct. Ce n'est pas toujours facile dans le Sud-Luxembourg.

KN : On imagine que cette fonction de directrice/directeur prend beaucoup de place dans vos vies :

PAB : Le travail est effectivement très contraignant, et empiète parfois sur la vie de famille. A tel point que, quand on organise quelque chose au travail, ma femme et mes enfants y participent. Ce que j'aime ici, c'est que nous travaillons en équipe, que tout le monde se sent impliqué. Cela nous permet de pouvoir souffler à certains moments car le reste de l'équipe prend le relais.

MAB : Effectivement, ça prend beaucoup de place, mais c'est plus qu'un travail pour moi : ça m'apporte beaucoup. Je peux d'ailleurs affirmer que ma vie familiale ne serait pas aussi réussie sans mon travail.

Interview K. Noiret

Soleil du Cœur
2, rue des Martyrs à Gomery
063/58.14.80

 Maison du Pain
Rue d'Arlon, 66 à Virton
063/57.78.02


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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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