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Chaque civilisation occidentale se fonde et se construit sur une idéologie favorite. Elle y trouve à la fois son sens, ses finalités et les codes éthiques de son fonctionnement. Ainsi la Grèce antique, stoïcienne en particulier, contemplait l'harmonie du cosmos et l'inscription dans cette harmonie était la finalité et le critère normatif des comportements. Plus tard avec le christianisme, la vie trouva sa fin dans un au-delà que le temps passé sur terre préparait. Le royaume des cieux se gagnait, se méritait et la vie sociale était organisée et structurée par une morale de la révélation, par la religion. La réforme protestante et la théorie de la grâce d'abord, le doute cartésien et la révolution scientifique aussi, l'humanisme des lumières et les grandes révolutions se conjuguèrent pour disjoindre vies privées et publiques, fins particulières et collectives. Privées des finalités de l'au-delà, les sociétés modernes retrouvèrent cohérence, se fondèrent dans les idéologies et grandes religions séculières des 19 ème et 20 ème siècles qui s'anéantirent dans leurs formes extrêmes, le fascisme, le national-socialisme ou le communisme.
Et maintenant que l'histoire est finie, que nous reste-t-il ? Une nouvelle idéologie se substitue aux anciennes : le relativisme. Vérités et objectivité sont considérées comme des illusions. Les valeurs sont vues arbitraires et conventionnelles. Toutes les cultures sont mises sur un pied d'égalité. Toute croyance ou interprétation du monde est bonne à être déconstruite. Rien ne vaut parce que tout se vaut.
Ce relativisme est riche de la liberté qu'il donne à l'individu et à ce titre il est précieux mais il est dangereux lorsque, absolu, il constitue une idéologie sans contenu, un trou noir pour la pensée et l'action. Il inspire alors une conception cynique de la vie publique et vide de sa substance toute action collective, tout projet. Il constitue paradoxalement le terreau favorable pour l'émergence des radicalismes et autres intégrismes.
Deux petites idées pour relativiser ce relativisme et sortir du relativisme absolu.
Un. Dans le champ politique, l'expression la plus visible du relativisme est la tolérance. Vertu fondamentale parce qu'intimement liée à la liberté, la tolérance est au cœur de toute démocratie et jamais elle ne peut être remise en question. Mais la tolérance ne vaut que dans les limites de sa propre sauvegarde. Un comportement ou une action intolérant, un groupe intolérant doivent être combattus s'ils menacent les conditions de possibilité de la tolérance et par là la liberté.
Deux. S'il est vrai – et c'est le mérite du relativisme de le découvrir – que les coutumes sont conventionnelles et particularistes, qu'elles s'expliquent par la tradition et que donc elles sont relatives et sans absolu, il importe toutefois de distinguer normes et coutumes d'une part et valeurs d'autre part. Les premières sont certes relatives. Par contre, pour les secondes, les valeurs qu'apporte la discussion rationnelle ne peuvent-elles pas revendiquer un caractère universel ? La discussion rationnelle, fondée sur une éthique de la communication et des arguments réfléchis, ne nous indique-t-elle pas que la reconnaissance de la dignité de l'autre, par exemple, est une valeur universelle mais qui peut s'exprimer dans des us et coutumes donnés par l'histoire particulière. La coutume relative est donc reconnue comme telle mais la valeur universelle, celle donnée par la discussion rationnelle, mérite d'être affirmée et défendue au titre de son universalité.
Bernard Kerger
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