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Perspectives MOC n°40

Editorial : "Qui ne souhaiterait vivre dans une société d'abondance? "

 

La théorie économique classique de la croissance se heurte aujourd'hui aux faits de ses limites : crise énergétique par épuisement des ressources, crise écologique par dérèglement de la biosphère, crise sociale par creusement des inégalités et des exclusions, crise culturelle par une marchandisation sans limite. Lorsqu'en dépit des faits, une théorie renonce à son autocritique, elle ne relève plus de la science ou de la raison mais de la croyance. Dans ce contexte la décroissance ou plus justement la sortie de la société de croissance ne se fera pas sans une déconstruction et une reconstruction fondamentales et concomitantes qui relèvent des champs politique et culturel. Sortir de la société de croissance implique de réenchâsser l'économie dans une autre logique.

Le dépassement du mythe mortifère du développement reposera sur un renouvellement du regard de l'homme sur soi et sur le monde. Autolimitation, tempérance, prudence, lucidité, frugalité sont, sans doute, parmi d'autres, des valeurs morales à découvrir ou redécouvrir, aussi des choix anthropologiques qui tissent de nouvelles relations entre les hommes et avec la nature.

Dans ce retournement anthropologique nous avons beaucoup à apprendre des économies des sociétés primitives. Les chasseurs-cueilleurs du paléolithique, les indiens d'Amazonie, les populations nomades d'Afrique devaient (ou doivent) porter sur leurs épaules tous leurs biens. Ils ne possédaient donc que ce qu'ils pouvaient porter et la nécessité limitait l'étendue de leurs avoirs. L'accumulation de biens était contre-productive, elle handicapait le déplacement. Dans ces conditions, la quête de nourriture était une activité intermittente, ces populations jouissaient de loisirs abondants et dormaient la journée plus que dans tout autre type de société. Ces peuples primitifs avaient un niveau de vie objectivement bas mais ils vivaient sans souci d'accumulation et leurs besoins matériels limités étaient satisfaits sans peine. Ils n'étaient pas pauvres puisque leurs besoins étaient rencontrés. Il n'est pas paradoxal de soutenir qu'en dépit de leur dénuement, ces peuples connaissaient l'abondance.

Le marché libéralisé a rendu accessibles une foule de produits qui sont étalés à portée de mains. Il suffit de choisir. Mais toute acquisition est aussi privation puisque dans le même temps où le consommateur achète un bien particulier il renonce à un autre ou à du temps de loisir ou encore de sommeil. Il est condamné aux travaux forcés à perpétuité sans cesse à la poursuite de besoins « désirs » illimités. Il n'est pas paradoxal de soutenir qu'en dépit d'une profusion de biens, l'homme moderne vit dans une société de la rareté.

Que retenir ? Les économies primitives nous apprennent qu'il y a une autre voie « Zen » qui mène à l'abondance. En adoptant une stratégie de la simplicité, les peuples primitifs ont pu jouir dans le dénuement, d'une abondance matérielle sans égale. Cette voie circonscrit des besoins matériels finis dont la couverture peut être assurée par les moyens techniques disponibles et dans le respect des équilibres donnés par la nature. Abondance dans l'autolimitation, la tempérance, la prudence, la lucidité, la frugalité… une porte de sortie pour la société de croissance ?

 

Bernard Kerger


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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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