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Perspectives MOC n°43

Faisons connaissance avec :
Jean-Marie Devos, président de la CSC Luxembourg


BL: Vous êtes président de la fédération luxembourgeoise de la CSC depuis 6 ans, mais vous êtes engagé dans le mouvement syndical depuis trente ans. Votre engagement, c'est une vocation ?
J-M Devos : Pas particulièrement. Je suis né à Bruxelles en 1956 et j'ai grandi à Morlanwelz (dans le Hainaut) jusqu'à l'âge de 12 ans avant de venir m'installer à Arlon, suivant les migrations professionnelles de mon papa qui était gérant de magasins de chaussures « Bata », une enseigne aujourd'hui disparue en Belgique. Pas de prédisposition, mais des souvenirs : les charbonnages de la région du Centre, mes copains dont pas mal étaient d'origine italienne, les grèves dans les années '60 avec leurs émeutes et les magasins obligés de rester fermés. J'ai quitté avec peine le Hainaut et mes copains pour arriver en fin d'année scolaire à Arlon. J'ai fait mes études secondaires (des scientifiques A à fort dosage en math) à l'Institut Sainte Marie d'Arlon. J'ai ensuite effectué un régendat en math toujours à Arlon. A peine sorti de ces études, j'ai eu la chance de trouver du travail à Saint-Hubert où je vis et enseigne depuis 30 ans…

BL : Votre engagement à la CSC remonte-t-il à cette époque ?
J-M D : Pratiquement : j'étais tout jeune prof de math à l'institut Saint-Joseph à Saint-Hubert lorsque je me suis affilié à la CSC. Quatre ans plus tard, j'y devenais délégué syndical. J'ai découvert différentes facettes du monde syndical mais, curieusement, assez peu de contacts avec la fédération luxembourgeoise. Il faut dire qu'à l'époque la CCPET (Centrale de l'enseignement technique) provinciale dépendait d'un secrétariat situé à Namur.

En 1985, je me suis présenté au élections provinciales et suis devenu secrétaire et trésorier provincial de la CCPET (CSC enseignement). Cette fonction m'a permis d'appréhender les enjeux syndicaux « de plus haut ». Progressivement, mon engagement de militant au sein du mouvement m'a valu d'autres mandats : c'est ainsi que je suis entré vers 1990 au Comité Subrégional de l'Emploi et de la Formation du Luxembourg belge dont j'assure maintenant la vice-présidence. Au tout début des années 90, j'ai été nommé au conseil fédéral de la CSC, époque à laquelle je suis également devenu président de l'ASBL Promemploi qui prend une bonne partie de mon travail de militant.

BL : Pourriez-vous nous parler un peu de cette ASBL ?
J-M D : Promemploi était en quelque sorte le bras armé du Comité Subrégional. C'est une ASBL née au milieu des années 1980 dans le but de favoriser la liaison emploi-formation dans la province en suscitant un lieu de réflexion et d'action entre les différents acteurs intéressés par ces questions (le monde patronal, les syndicats, mais aussi les opérateurs de l'enseignement et de la formation, le FOREM,…). Parmi ses chantiers : à la fin des années 1980, Promemploi a contribué au déploiement du PED par la mise en place de projets transfrontaliers de fo rmation. Dans les années 1990, elle a notamment mené une campagne de valorisation des métiers techniques et manuels ainsi qu'une enquête sur l'emploi féminin. Depuis plusieurs années, l'ASBL se concentre sur les questions liées à l'accueil de l'enfance, tant en qualité qu'en quantité, en Province de Luxembourg, un dossier qui occupe une bonne partie des 20 personnes aujourd'hui employées au sein de l'ASBL.

Le rôle de Promemploi consiste à professionnaliser le secteur, à mieux le promouvoir, mais aussi à accompagner la mise en place de nouveaux projets. En 2006, l'ASBL a mis sur pied « Accueil assistance », un service qui propose la garde à domicile d'enfants malades et qui occupe maintenant une dizaine de personnes.

BL : Revenons-en maintenant à votre parcours au sein de la CSC.
J-M D : Mes différents mandats, mon investissement au sein de la CSC m'ont presque naturellement amené à être pressenti à la présidence, un poste pour lequel les prétendants ne se pressent pas au portillon ! Je suis donc devenu président provincial de la CSC en 2002 et en suis actuellement à mi-parcours de mon deuxième mandat…

BL : En quoi consiste la fonction de président de la CSC luxembourgeoise ?
J-M D : Je dirais que ce mandat recouvre principalement trois domaines : il s'agit de veiller à la bonne gestion « de la maison », de réfléchir à la stratégie à déployer pour servir au mieux les intérêts des affiliés et enfin de défendre les revendications générales des travailleurs en matière d'amélioration des conditions de travail. Cette année 2008 est particulièrement importante puisqu'elle verra se dérouler les prochaines élections sociales au printemps prochain avec, au menu des revendications de la CSC, tout un programme insistant sur la qualité de la vie et du travail.

BL : Comment conciliez-vous justement ces 2 dimensions ?
J-M D : J'ai la chance d'avoir une épouse compréhensive. Elle travaille comme aide-soignante à Sainte-Ode et connaît les horaires flexibles, les prestations de week-end,… Nos emplois du temps bien chargés ne nous empêchent pourtant pas de nous ménager des temps à deux ou avec nos proches. Pour le reste, tout est finalement question d'organisation : au niveau professionnel, j'ai réussi à dégager le vendredi que je consacre à mes divers engagements et mon travail de professeur me permet d'être également disponible en soirée.

BL : Vous enseignez depuis une trentaine d'années, pas de lassitude ?
JM D : Aucune, vraiment. J'ai vu défiler plusieurs générations de jeunes, j'ai souvent changé de cours et d'options, mais j'enseigne toujours avec la même motivation et le même plaisir. Ce qui me préoccupe le plus aujourd'hui dans ce métier, c'est de maintenir le dialogue avec les élèves, souvent en manque de repères et vivant difficilement la fragilisation de l'encadrement familial, et de leur offrir des cours adaptés à leur réalité : le cours de math des élèves en puériculture, par exemple, est totalement orienté vers leur pratique de terrain (calcul de proportions, dosage, dilution…). J'enseigne dans cette section, mais je dispense aussi des cours de math dans le cycle inférieur ainsi que des cours de gestion et d'informatique.

En plus de ces tâches, j'entretiens le parc informatique de l'école, un établissement qui compte aujourd'hui plus de 1100 élèves et des dizaines d'ordinateurs.

BL : Vous êtes prof à temps plein, président de la CSC, de PromEmploi avec encore quelques autres mandats, cela vous laisse-t-il du temps pour des loisirs ?
J-M D : J'ai rarement l'occasion de me consacrer aux loisirs. Je regrette par exemple de ne plus avoir beaucoup de temps pour lire des ouvrages d'analyse sociopolitique, mais j'ai la chance de faire ce que j'aime, la militance et mon travail sont mes hobbies. Par ailleurs, je pars plusieurs fois par an en vacances, le plus souvent en France et bientôt en Italie, à la découverte du patrimoine historique, culturel mais aussi gastronomique.

BL : Si vous deviez relever le côté positif et négatif de vos engagements syndicaux.
J-M D : Mes différents mandats m'ont ouvert à des réalités qui me seraient restées inconnues si je m'étais « contenté » de mon métier d'enseignant : j'y ai découvert le monde de l'entreprise, les rapports sociaux, l'importance de la solidarité. J 'aime beaucoup le rôle de délégué au sein de mon établissement. Ce poste nécessite d'être à l'écoute des réalités vécues par mes collègues et me permet de m'occuper de situations concrètes. Le travail est particulièrement important en début d'année scolaire quand se répartissent les matières et les classes, voire quand certains collègues ne retrouvent pas leur emploi ou sont réaffectés ailleurs.

Finalement, j'apprécie la complémentarité entre mes différents engagements.

Ce que j'ai le plus de mal à accepter, c'est le fait de devoir mettre un frein à certaines envies, faute de temps. Et puis, ce qui est parfois difficile, c'est le problème de mobilité : ma femme et moi nous partageons une seule voiture. J'enseigne à quelques centaines de mètres de chez moi et je privilégie les transports en commun pour me déplacer plus loin… mais l'offre en Province de Luxembourg ne permet pas de se rendre partout à tout moment…

BL : Quel sujet d'actualité vous préoccupe particulièrement pour le moment ?
J-M D : La baisse du pouvoir d'achat d'une bonne partie de la population me touche énormément et j'ai peur de voir notre société se dualiser de plus en plus. Dans ce contexte, je suis révolté par certaines pratiques d'organismes qui octroient des prêts à des ménages en situation déjà difficile pour acheter l'un ou l'autre « gadget » vanté par la pub…

 BL : Comment voyez-vous votre avenir ?
J-M D : Je n'y pense pas pour le moment. J'ai le sentiment d'être un militant assez atypique qui travaille à temps plein et consacre au minimum un jour de la semaine à l'action militante. J'ai la chance de faire ce qui me passionne et d'avoir un emploi du temps bien garni. Malgré tout, l'accumulation des mandats m'empêche parfois de les gérer aussi bien que je le souhaiterais. Au niveau professionnel, la retraite n'a pas encore sonné non plus et je conserve intact le goût de la responsabilité avec les élèves… J'ai en outre la chance de pouvoir entretenir une autre passion qui remonte à l'apparition des premiers ordinateurs personnels : l'informatique.

Benoît Lemaire

Interview alternative ...

Les vacances de vos rêves?
Retourner dans les pays scandinaves…

Un livre de chevet ?
Pas vraiment mais un goût pour les essais sociopolitiques…

Le dernier CD acheté ?
J'ai des goûts éclectiques mais j'achète rarement de disques. Le dernier : "Le jaseur Boréal" de Julos Beaucarne…

Le dernier film vu au cinéma ?
Je ne vais jamais au cinéma et regarde très peu la télévision…

Votre plat préféré ?
J'adore cuisiner, surtout le poisson; j'apprécie beaucoup les pâtes et la cuisine italienne en général.

Une personnalité qui vous marque ?
L'abbé Pierre ou mère Teresa et tous ceux qui s'occupent des plus démunis…


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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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