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Les grands philosophes du 18 ème siècle, les Lumières, nous avaient appris à détecter et combattre les idées fausses. En ce début de millénaire, les mensonges éteignent les lumières et entretiennent le chaos. Sur tous les écrans, télévisuels ou informatiques, des simulacres s'agitent et tentent de nous convaincre qu'à trop connaître on perd son temps, que la soif de culture appartient à l'aristocratie, que la science ferme les portes de la richesse intérieure et que trop de culture assèche le cœur. Dans le bruit de fond médiatique, s'empilent les pages de pubs, les télé-réalités, les informations formatées, les séries policières et les faits divers.
Une nouvelle langue s'est constituée au sein des télé-moyens de communication et d'expression. Oubliant l'analyse critique, elle conforte l'impression de la vacuité de l'action collective. Comme si, toute idée de changement global étant disqualifiée, il ne restait plus au citoyen de la société du mouvement et du chaos que le spectacle d'un président français agité qui cannibalise l'esprit public et les conversations de café avec des potineries.
Dans ce monde des simulacres, privé du recul de la pensée critique, le mensonge est roi ou préside. Mensonge quand son président engage la plus grande puissance militaire dans le conflit irakien ou quand les forces du capital assassinent les services publics au nom de l'efficacité. Mensonge encore quand la croissance économique est appelée au secours du bien-être collectif défaillant. Sur les écrans virtuels, un homme comme Sarkozy peut alors émerger en fondant sa popularité et son pouvoir sur des pirouettes médiatiques.
Pirouette un : présenter une politique capitularde comme un nouvel élan. La déconstruction des acquis sociaux, la privatisation de l'enseignement universitaire, la réduction des impôts pour les riches, les coudées franches accordées aux affairistes, cette capitulation généralisée devant le capitalisme mondialisé est présentée comme un acte courageux de régénération.
Pirouette deux : recourir au classique bouc émissaire. La politique des cadeaux fiscaux aux riches est voilée par la dénonciation de suspects, les Africains ou les musulmans ou les jeunes des banlieues pour donner aux pauvres le sentiment qu'il y a encore plus petits qu'eux sur lesquels on n'hésite pas à taper.
Pirouette trois, la plus fameuse : se faire passer pour De Funès! Cet acteur populaire incarnait au cinéma l'odieux patron qui terrorise ses employés et rampe devant sa femme, Cécilia ou Carla ; le chef de rayon qui persécute les vendeuses et cire les pompes de la riche clientèle, Bush, Poutine ou Khadafi. Aujourd'hui, 25 ans après la mort de l'acteur, la dimension funésienne de Nicolas Sarkozy réussit le transfert de l'affection populaire du comédien vers l'homme politique gesticulant. Dans la confusion des simulacres, nous n'arrivons plus à distinguer De Funès, l'acteur subversif qui dénonce par son jeu l'injustice et Sarkorzy, le président bien réel qui la conforte.
Dans le brouhaha médiatique, l'avancée des manipulateurs ne rencontre qu'aveuglement et résignation. L'histoire est devenue une machine à broyer les événements. Le gai savoir, l'appétit de connaissance et le désir de comprendre ont perdu leur sens dans la société du chaos. Il est temps de couper le câble de l'abrutissement communicationnel, de quitter la salle de cinéma pour retrouver la pensée critique et la prise de recul. Elles seules peuvent rendre le sens des réalités et rallumer les Lumières.
B. Kerger
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