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Perspectives MOC n°44

Faisons connaissance avec :
Martine DAVIDS,
coordinatrice de la section "Espaces verts" d'Habilux à Arlon


KN: La section "Espaces verts" d'Habilux, est une "EFT", pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste?
MD: Cela signifie "Entreprise de Formation par le Travail". Pour moi, les trois mots sont importants et je n'en néglige aucun. Le mot "entreprise", signifie que nous devons fonctionner comme une vraie entreprise et avoir une certaine productivité. Derrière le mot "formation", nous mettons tout ce qui permet d'acquérir la rigueur ainsi que les connaissances théoriques et pratiques dont les stagiaires auront besoin sur le terrain. Le mot "travail", veut dire que nous plongeons les stagiaires dans les conditions réelles de travail. En réalisant des aménagements sur le terrain.

KN: Vous êtes coordinatrice à la section "Espaces verts" d'Habilux à Arlon, en quoi consiste votre travail?
MD: Le siège central d'Habilux se situe à Bastogne. La section "Espaces verts" qui fonctionne à Arlon souffrait un peu de son éloignement par rapport à Bastogne. L'idée d'engager une personne assurant la coordination entre ces deux lieux a fait son chemin dans l'esprit des responsables d'Habilux. La fonction a donc été créée et j'ai été engagée en septembre 2007. Décrire ma fonction est assez simple et compliqué à la fois. Simple parce que je suis en quelque sorte l'engrenage entre Anne Mernier, responsable d'Habilux, et le formateur et l'aide-formateur qui travaillent à Arlon. Compliqué parce que la fonction n'existant pas auparavant, c'est un peu moi qui la crée puisque j'adapte mes tâches en fonction des besoins qui se présentent. C'est très intéressant même si je me rends compte que je tâtonne encore à certains moments!

KN: Pouvez-vous nous retracer en quelques mots votre parcours professionnel et les circonstances qui vous ont amenée à Habilux?
MD: J'ai fait des études d'ingénieur agronome à Gembloux et avec mon diplôme en poche, je me suis envolée vers le Nigéria où j'ai travaillé pendant 6 ans dans un centre de recherche de la FAO, l'organisation des Nations-Unies consacrée au développement de l'agriculture. Je n'ai pas adoré l'aspect de recherche pure de mon job, par contre je me suis découvert un réel intérêt pour les conditions de vie des Nigérians et j'ai tenté d'améliorer un peu les conditions de travail du personnel. Après cette expérience africaine, je suis rentrée en Belgique et j'ai arrêté de travailler pendant une dizaine d'années pour me consacrer à mes enfants et restaurer une vieille maison à Eprave, près de Rochefort.

KN: Et l'envie de retravailler s'est faite sentir…
MD: Oui, j'ai retrouvé un emploi à Malagne, un site archéologique gallo romain situé à Rochefort. La fonction de directrice-adjointe que j'y occupais me permettait d'être très polyvalente, d'avoir de grandes marges de manœuvres et beaucoup de diversité dans les tâches que je devais y accomplir notamment la coordination autour du travail agricole et horticole, la gestion de l'équipe d'animateurs assurant les visites et la gestion de la structure d'accueil. Ce que j'ai aimé dans le cadre de cette fonction, c'était de permettre à chacun de s'épanouir. J' y suis resté 10 ans. J'ai ensuite mené un travail de réflexion sur le fonctionnement de la gestion hôtelière de l'Abbaye d'Orval, pendant un an. Les réflexions menées ont abouti à la mise en place d'une structure de gestion assurée par des laïques, mais elle n'a malheureusement pas été maintenue. Je garde un bon souvenir de ce travail mené avec les moines.

KN: Et après Orval, vous vous êtes retrouvée à Habilux?
MD: C'est bien ça. J'arrive donc dans un univers que je ne connais pas bien mais où je me sens bien et dans lequel je trouve beaucoup de satisfactions.

KN: Justement, qu'est-ce qui vous plait dans ce travail, et qu'est-ce qui vous plait le moins?
MD: Ce que j'aime, c'est voir les stagiaires évoluer positivement, s'épanouir, prendre confiance en eux! Je consacre donc beaucoup d'énergie à leur donner la possibilité, leur créer les conditions pour qu'ils puissent y arriver. Ce qui me plait moins c'est que je suis obligée de passer beaucoup de temps dans mon bureau (pour assurer la gestion administrative et le contact avec la clientèle, répondre au téléphone, etc.) et je suis donc peu présente sur le terrain alors que j'aime beaucoup le travail sur le terrain et le contact avec la nature .

KN: Votre travail est aussi un travail d'équipe…
MD: Oui, bien sûr! Vincent Albertini (formateur) et Emmanuel Gobert (aide-formateur) sont sur le terrain avec les stagiaires et je gère pour eux et avec eux le planning, les devis, les soucis,... Pour les dossiers des stagiaires, je travaille avec Isabelle Monnier, assistante sociale. Bien sûr, au final je travaille avec Anne Mernier, la directrice d'Habilux.

KN: Pouvez-vous décrire le profil des stagiaires qui viennent en formation?
MD: Sans vouloir faire de caricature, on peut dire que ces personnes ont eu des "accidents de parcours". En disant cela, je veux dire qu'à un moment dans leur vie, ils ont décroché. Les raisons de ce décrochage sont variées (drogues, difficultés sociales, manque d'intérêt pour les études…) mais quoiqu'il en soit, s'ils viennent chez nous, cela signifie qu'ils ont une réelle volonté de reprendre en main le cours des choses. Sans cette motivation, il ne nous serait d'ailleurs pas possible de travailler avec eux à l'élaboration de leur projet de vie. Ces personnes, face aux difficultés qu'ils ont rencontrées dans leur vie, érigent des barrières. J'essaie de faire tomber ces barrières, de permettre aux personnes de se montrer comme ellse sont et nous pouvons alors réellement reconstruire quelque chose ensemble.

KN: Et que leur apporte cette formation?
MD: Tout d'abord, ils doivent apprendre ou ré-apprendre les règles d'une vie en société. Cela passe par le respect des horaires, de la parole donnée, de soi-même et de l'Autre! Le but ultime de la formation est bien entendu de viser avec eux l'obtention d'un emploi.

Il y a donc un volet important de la formation qui s'intéresse à la formation professionnelle. Je cite dans le désordre et pour vous donner une idée: l'utilisation du taille-haie, le désherbage, le débroussaillage, le dessouchage, l'élagage, l'abattage,… Mais aussi la plantation, les semis, l'entretien, la construction dans le jardin (dallage d'une allée ou d'une terrasse, pose de clôture, construction d'un muret,…). Nous avons aussi prévu dans la formation l'aménagement de plans d'eau car notre formateur, Vincent, est un spécialiste dans ce domaine!

Pour compléter la formation et "raccrocher" les stagiaires à la vie socio-professionnelle, nous leur proposons des remises à niveau individuelles en math, français et initiation à l'utilisation d'un ordinateur. Nous essayons aussi de leur apporter une réflexion sur le monde à travers des activités culturelles: une sortie cinéma, la visite d'une expo,…

KN: J'imagine que vous devez tenir compte des conditions atmosphériques pour planifier le travail.
MD: Bien sûr! Le mauvais temps auquel notre pays nous habitue est une donnée qu'il faut gérer. Il ne faut pas négliger cette difficulté. Beaucoup de personnes travaillant à l'intérieur oublient que c'est parfois très dur de travailler dehors! Les stagiaires aussi doivent faire face à cette difficulté. Néanmoins, lorsque le temps est vraiment trop mauvais et que nous sommes en saison morte, nous leur proposons des cours théoriques d'horticulture.

KN: En tant qu'entreprise, à quels types de chantiers êtes-vous confrontés?
MD: Ici à Arlon, nous avons beaucoup de clients privés, avec de petits jardins. Nous aimerions décrocher plus de gros contrats avec des collectivités, cela nous permettrait d'avoir plus de souplesse au niveau de la répartition du travail. Nos tarifs sont ceux qui sont en vigueur sur le marché. Comme nous avons actuellement onze stagiaires, nous travaillons en deux groupes pour que le suivi du travail effectué soit rigoureux et que la qualité du travail puisse être la même que celui réalisé par une autre entreprise.

KN: Y a-t-il quelque chose qui vous rende fière dans le travail ou en privé?
MD: Ce qui me rend fière, c'est de voir ce que mes enfants (Nicolas, Hélène et Marie) sont devenus alors que je les élève seule. Je suis heureuse de voir qu'ils ont adopté mes valeurs; de plus, ils sont responsables, autonomes, matures,… ils sont armés pour faire face à la vie et pour moi, c'est très important.

KN: Avez-vous d'autres engagements ailleurs?
MD: Je suis deuxième sur la liste ECOLO à Rochefort, j'ai fait partie de groupes de réflexion autour des textes bibliques (notamment avec Jean-Claude Brau) et j'essaie de me remettre au piano que j'ai longtemps laissé de côté mais ce n'est pas simple, je n'ai pas beaucoup de temps libre!

K. Noiret

 

Questionnaire alternatif

Quelles sont les vacances de vos rêves ?
Des voyages dans des villes pour découvrir le patrimoine architectural et religieux

Quel est votre livre de chevet ?
Des livres spirituels

Quel est le dernier CD que vous avez acheté ?
Je suis une adepte du silence

Quel est le dernier film que vous êtes allé voir au cinéma ?
Je ne vais jamais au cinéma!

Qu'est-ce qui vous rendez heureux ?
La solidarité, l'amitié,… quand je vois quelqu'un qui fait un pas vers l'autre, un geste désintéressé, je suis heureuse

Quel est votre plat préféré ?
Le poulet aux arachides (recette sénégalaise)

Citez-nous une personnalité que vous admirez.
Je n'admire personne


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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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