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Perspectives MOC n°48

Editorial : La crise financière est une crise économique

 

Je relis ici un extrait de l'éditorial de Perspectives de mars 2002. «  Le capitalisme libéral s'appuyant sur la concurrence internationale a favorisé une explosion des profits au détriment des revenus du travail et on a assisté à une montée générale des inégalités. Étonnement, la globalisation s'est organisée sur une asymétrie entre les États-unis et les autres pôles économiques dominants. En 2000, le déficit commercial américain atteint 2000 milliards de dollars. Traduction : l'Amérique importe et consomme ce que le reste du monde produit. Il est aisé de comprendre l'instabilité de ce système où les États-unis achètent des biens de consommation en échange de la vente de valeurs et d'actifs. L'argent dirigé vers les États-unis entre littéralement dans un mirage, dans une bulle. Le géant vit au-dessus de ses moyens. Il consomme plus qu'il ne produit. »

A partir des années 80, les normes de profit se sont envolées. Les actionnaires ont exigé des rendements à deux chiffres et les profits à court terme se sont faits au détriment des investissements. Parallèlement on a assisté à une déformation de la structure des revenus. La part salariale dans le PIB n'a cessé de diminuer au détriment des revenus mobiliers et immobiliers. Lorsque ces deux conditions sont réunies : chute de la production par manque d'investissement et chute de la consommation par manque de revenus, on entre normalement en récession. Les USA ont maintenu artificiell ement un taux de croissance élevé de leur PIB en recourant massivement à l'endettement extérieur. Ils ont maintenu leur niveau de consommation en recourant à l'emprunt. Le crédit a compensé l'insuffisance salariale. Avec la crise des subprimes, c'est ce déséquilibre économique qui est mis à jour… pour ceux qui acceptent de le voir.

Comment en sortir ? Modestement, quelques pistes de réflexion.

1) Il faut redonner au travail sa juste valeur : la part salariale dans le PIB doit être plus importante. Il faut que tous les travailleurs aient un emploi stable, de qualité, bien rémunéré, qu'ils aient droit aux soins de santé, à une pension légale, à une protection sociale complète. Si les travailleurs américains avaient pu bénéficier de cette reconnaissance, ils auraient pu vivre de leur travail et n'auraient pas dû recourir aux subprimes.

2) Il faut assurer une relance de l'investissement. Le rôle de l'État y est important. D'abord au sens keynésien de l'investissement public. Ensuite en orientant cette relance vers des investissements qui s'inscrivent dans le cadre d'un développement durable, d'une décroissance de la consommation des biens naturels, d'une réduction des déséquilibres écologiques. Dans le malheur il y a une formidable opportunité pour construire un avenir plus souriant.

3) La liberté des mouvements de capitaux et le libre-échange ont mis en concurrence des espaces économiques très différents. Cette concurrence s'est exercée au détriment des rentrées fiscales des états, de la protection sociale et plus simplement des salaires.

Dans un monde du travail où les écarts restent importants, il faut freiner les libres échanges, relocaliser les économies. Il y va de l'intérêt des travailleurs du Sud surexploités au bénéfice des consommateurs du Nord ; il y va de l'intérêt des travailleurs du Nord victimes des délocalisations et de la pression sur leurs conditions de travail. Il faut réintroduire une dose d'un protectionnisme mondialement régulé. A défaut les vautours du libéralisme financier s'appuient sur le dumping salarial et social pour prospérer aux détriments des travailleurs. Le développement doit se concevoir dans des espaces socialement, économiquement et culturellement cohérents.

 

Bernard Kerger


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Dernière mise à jour : 19 janvier 2009
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