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Positions du MOC Luxembourg

La situation économique du Luxembourg
Quel champ d'intervention pour nos représentants élus ?

En 15 minutes, il n'est évidemment pas possible de dresser un tableau complet de la situation économique du Luxembourg.

Je proposerai donc ici quelques idées à réfléchir. Quatre idées.

J'essaierai de montrer à chaque fois la matière à intervention pour le politique.

 

Le Luxembourg est certes une province rurale mais n'est pas à l'abri du monde

 

Souvenez vous de la fable de La Fontaine " Le Rat de ville et le Rat des champs ". A l'école primaire, il n'y a pas si longtemps, elle permettait d'expliquer aux enfants des villes et aux enfants des champs la division du paysage social en deux pôles.

(extraits) Autrefois le rat de ville
Invita le rat des champs
Le régal fut fort honnête
Rien ne manquait au festin

A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit
Le rat de ville détale
Son camarade le suit

C'est assez, dit le rustique
Demain vous viendrez chez moi
Rien ne vient m'interrompre :
Je mange tout à loisir
Adieu donc. Fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre !

Aujourd'hui, cette spécificité toute " La Fontainienne " qui fait de la ruralité un monde à l'abri, marque encore les esprits alors que la réalité montre qu'elle appartient très largement au passé.

Au niveau statistique, les différences ville/campagne s'estompent. Les modes d'habiter, de se nourrir, de travailler, de vivre, d'être en sécurité se rapprochent pour laisser place à un continuum. Modèles de consommation, types d'emplois, revenus présentent peu de différences et semblent indiquer que la ligne de partage sociologique entre ville et campagne, urbain et rural a perdu en grande partie sa pertinence.

Traduction : nous ne vivons pas dans un havre de paix à l'abri des nécessités, des vicissitudes et des violences du monde.

J'ai parfois l'impression que dans cette affaire le Luxembourg est deux fois perdant.

Tantôt la ruralité est reconnue et cela nous prive de l'accès à bien des moyens spécifiques réservés aux villes
Pas d'accès aux ZIP en matière de logement (seul Arlon y a accès)
Pas d'accès au FIPI, Fonds pour l'Intégration des Personnes Immigrées
Pas d'accès aux discriminations positives en matière d'enseignement

Tantôt la ruralité est niée et cela nous lèse lourdement lorsque les normes à atteindre sont inaccessibles
Normes de création et de maintien dans les écoles
Normes de fonctionnement dans les hôpitaux
Normes dans le logement social (1 régie de quartier, 1 AIS,…)

La ruralité, premier terrain de combat pour nos élus.

 

Le Luxembourg n'est pas une zone économiquement arriérée

 

Un rapide aperçu statistique de la province de Luxembourg peut illustrer ces propos. La province de Luxembourg est la plus rurale de nos provinces. Elle couvre 25% de la superficie de la Wallonie et accueille 7,4% de sa population. 47% des terres y sont boisées, 41% sont composées de prés et de terres agricoles.
- Structure de la population : la population a augmenté de 13% au cours des 30 dernières années. Les soldes migratoires et naturels sont positifs. La population est plus jeune que dans le reste du pays.
Loin de nous, le cliché d'une campagne abandonnée par ses forces vives.

- Marché du travail : les indicateurs du marché du travail sont supérieurs aux moyennes. Le taux d'emploi en Luxembourg est de 59,8%. Il est de 54,2% en Wallonie, 52,9% à Bruxelles, 59,8% en Flandre.
Loin de la réalité, le cliché d'une campagne assoupie où seul quelques derniers agriculteurs travaillent.

- Activités économiques : la valeur ajoutée créée par habitant de la province de Luxembourg belge est supérieure à celle de la Wallonie et a connu la plus forte croissance après celle du Brabant wallon. L'évolution de la structure de production montre que le Luxembourg est passé sans réelle transition du secteur primaire au secteur tertiaire.
A oublier, le cliché d'une campagne arriérée et peu productive.

Le Luxembourg est une zone riche de sa population jeune et active, une zone particulièrement productive d'un point de vue économique.

Les investisseurs ne le savent pas assez. Le Luxembourg a des arguments à faire valoir.

Deuxième champ d'intervention pour nos représentants : la promotion de notre force de travail.

 

Le Luxembourg n'est pas un paradis pour tous

 

Posée en termes d'égalité, la question rurale prend une autre tournure. Quelques problèmes peuvent illustrer le propos.

- L'emploi : Certes le taux de chômage est plus faible que dans d'autres sous-régions wallonnes. Mais,
- il est de l'ordre de 10 % et atteint 12.6 % dans la région de Marche
- 45 % des DEI sont au chômage depuis plus de 1 an
- 47 % des DEI ont moins de 30 ans
- 50 % des DEI n'ont pas le CESS
Entre 1999 et 2002 les chiffres du chômage ont régulièrement régressé. Mais à partir de octobre 2002 la tendance s'est inversée :
En novembre 2002, les chiffres 2001 ont été rattrapés
En janvier 2003, les chiffres 2000 ont été rattrapés.
En mars 2003, tout laisse penser que les chiffres 1999 seront dépassés.
Exclusion.

- La mobilité : Les villages ne sont plus des mondes autosuffisants. Que ce soit pour le travail, pour l'école, pour les achats, pour l'accès aux services publics, pour les loisirs, il est indispensable de se déplacer. Cette mobilité incontournable implique de posséder une ou plusieurs voitures et ce n'est pas à la portée de tous. Exclusion.

- Le logement : Par ailleurs la gestion sociale du logement est insatisfaisante. Les logements sociaux représentent moins de 3% du parc wallon pour plus de 7% de la population, les lotissements sociaux n'atteignent pas une taille critique suffisante pour développer des dynamiques d'insertion (une seule régie de quartier en province de Luxembourg) et les campings regorgent de résidents permanents. Exclusion.

- Les services publics : L'accès aux services publics est un droit que la libéralisation et les privatisations ne garantissent plus dans les secteurs géographiques les moins rentables. Les transports en commun ne desservent plus correctement le village, le bureau de poste est fermé, la ligne ADSL n'est pas disponible, l'école du village a disparu, l'hôpital le plus proche est sous-équipé. Exclusion.

- L'aménagement du territoire : Autrefois le rat de ville et le rat des champs vivaient dans des territoires différents et les aménageaient en conséquence et en relative indépendance. Aujourd'hui ville et campagne ne sont plus étanches l'une à l'autre et les aménagements territoriaux respectifs ne peuvent plus s'ignorer. Attention! Le risque est grand de privilégier une logique d'aménagement et de développement pour, autour, à partir et avec les villes seules - les derniers schémas de développement SDEC(Schéma de Développement de l'espace communautaire) et SDER(Schéma de développement de l'espace régional) sont éloquents en cette matière. Le risque est réel de considérer les campagnes comme des satellites des villes. Dans ce cas, la campagne deviendrait un espace de secondarité par rapport à la ville. Le rat des champs ne serait plus chez lui. Exclusion.


En Luxembourg aussi, le combat pour l'égalité doit être une priorité politique. Ce combat passe bien sûr par les luttes classiques pour
Une sécurité sociale assurantielle et solidaire
Une fiscalité forte et redistributive
Des fonctions collectives assurées par l'Etat
Mais ce combat passe aussi et spécifiquement par les questions de
D'emploi
De mobilité
De logement
De services publics.
D'aménagement du territoire

Ces matières doivent constituer des terrains d'intervention pour nos représentants.

 

Le Grand Duché n'est pas la solution à tous les problèmes

 

D'autres parleront beaucoup mieux que moi de cette question. Je serai donc bref.

Aux 16ème et 17ème siècles, l'Espagne était le pays le plus riche d'Europe. Elle avait conquis l'Amérique et en ramenait de l'or. Elle eut la vie facile, négligea son propre développement et rata la révolution industrielle.

Quand l'or des Amériques vint à manquer, aux 18ème, 19ème et début du 20ème siècles, elle devint une des régions les plus pauvres d'Europe. Aujourd'hui seulement elle sort de cette situation.

Tirons en modestement les leçons. La proximité du Grand Duché est une arme à double tranchant.

Le Grand Duché est un formidable poumon pour notre développement si établissons avec lui une véritable relation partenariale et bilatérale.

Le Grand Duché est une source de sous-développement pour demain si nous le considérons comme un Eldorado facile et négligeons le développement endogène.

Le Grand Duché est une source d'inégalités si nous n'y prenons pas garde

Des exemples :

La ligne 162 : Faut-il une ligne rapide ?
Côté pile : Une voie rapide entre Luxembourg ville et Bruxelles, capitale de l'Europe est un outil de développement indispensable. Vive le TGV.
Côté face : La mobilité des personnes en Luxembourg doit être structurée autour d'une ligne de qualité, conviviale, accessible. Cette ligne 162 doit être greffée sur un réseau de transports en commun performant. Vive l'omnibus.

Le Logement : Les travailleurs frontaliers un bien ou un mal ?
Côté pile : Le travail frontalier amène une population jeune qui gagne bien sa vie. Ces jeunes travailleurs construisent, rénovent et contribuent à la rénovation des villages.

Côté face : La pression Grand ducale tire vers le haut le prix des loyers et des acquisitions. Le logement devient inaccessible pour les personnes à bas ou moyen revenus dans les sous-régions frontalières.

Conclusion : Il s'agit de développer une politique volontariste qui assure un minimum de régulation du marché pour permettre de rencontrer les attentes et les besoins de chacun.

Portrait robot de l'homme politique luxembourgeois
Il fait de la ruralité un atout et non un handicap notamment dans la dévolution des moyens publics
Il valorise la force de production du Luxembourg auprès des investisseurs
Il donne du souffle pour l'Egalité.
Il inscrit le Luxembourg dans une dynamique européenne, Grand Duché et Sarre-Lorr-Lux+, sur laquelle s'appuie un développement endogène.




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