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Positions du MOC Luxembourg

 

Pour une Economie sociale en Europe

 

Une prise de position publique du réseau transnational d'organisations ouvrières chrétiennes et de la pastorale dans le monde du travail de la région lorraine française, de la province du Luxembourg belge, de la communauté germanophone de Belgique, du Grand Duché de Luxembourg, de la Région économique d'Aix-La-Chapelle, de la Rhénanie-Palatinat et de la Sarre en Allemagne.

 

Un contexte

 

Les efforts et les combats menés par des générations de militants des mouvements ouvriers et des forces de progrès ont permis de donner au capitalisme et à la société globale une dimension humaine et sociale, du moins en Europe occidentale. Les organisations ouvrières, notamment chrétiennes, ont ainsi fortement contribué à procurer à de larges couches de la population un bien-être matériel et une reconnaissance humaine, sociale et politique réels. Les travailleurs ont conquis de nouveaux droits basés sur une plus grande distribution primaire et sur une redistribution des richesses acquises par la production des biens et des services. Les inégalités sociales ont pu être significativement réduites. Les systèmes de sécurité sociale sont devenus essentiels pour les salariés et leurs familles.

Parallèlement, les entreprises délocalisent et segmentent leurs lignes de productions. Pour faire face à la concurrence, elles mettent en commun leur capacité financière, des holdings se créent et contrôlent la production. Les acteurs ne sont plus identifiables. La production des richesses se transforme, la spéculation et les transactions financières prennent le dessus et la rentabilité de l'argent devient l'enjeu principal. Le chômage s'installe. Son augmentation et le développement de nouvelles formes de pauvreté sont les traits dominants de cette fin de siècle; ils sont déconcertants parce que sans référence aux anciens clivages des catégories historiques de l'exploitation.

Ces nouvelles fractures lézardent la société. Elles remettent en cause le modèle de l'économie de marché libre où le déficit de redistribution des richesses produites met à mal le financement de la solidarité et des droits sociaux conquis. L'économie capitaliste de marché impose une logique de pensée unique et de maximisation des profits qui occulte les perspectives d'économie plurielle.


Face aux injustices du système capitaliste mondial, le moment est venu de s'engager dans les pistes d'économies alternatives, différentes par leurs finalités, telle l'économie sociale et solidaire. Telle est la conviction des signataires de ce document.

 

Des constats

 

Les signataires constatent que les dénominations peuvent varier d'un pays à l'autre mais dans tous les cas l'économie sociale constitue un troisième secteur à côté du secteur privé à but lucratif et du secteur public. Dans beaucoup d'endroits en Europe de petites entreprises se sont partiellement développées en proposant un modèle alternatif d'économie. La différence la plus marquante se situe dans leur finalité : ces entreprises poursuivent des objectifs sociaux durables. Elles embauchent des personnes qui sont rejetées par le marché classique de l'emploi, personnes handicapées ou malades, travailleurs peu qualifiés, chômeurs de longue durée, jeunes sans emploi. Elles proposent des modèles alternatifs d'organisation du travail et de prise de décision. Il n'en reste pas moins que lorsque ces entreprises s'inscrivent dans les lignes de production marchande, elles sont soumises aux lois de la concurrence du marché.

Pour la société, l'économie sociale constitue une réelle plus value qui doit être mieux visualisée. L'économie sociale peut sortir la personne sans travail d'une assistance publique qui coûte cher à l'Etat ; elle lui donne du travail, lui rend sa dignité et l'inscrit dans une démarche collective.

En Europe, 8 à 9 millions de personnes travaillent déjà dans l'économie sociale. Les signataires estiment que le moment est venu de donner à l'économie sociale, dans chaque région, dans chaque pays et au niveau européen, les moyens d'un développement dynamique et spécifique. L'économie sociale doit être une priorité politique au même titre que l'économie capitaliste.

 

Des exigences politiques

 

La première exigence politique est de donner à l'économie sociale un statut juridique et des critères objectifs et clairs de reconnaissance. Cela doit se faire au niveau européen et être contraignant pour les Etats membres. Une base possible de définition commune serait que l'économie sociale regroupe les activités économiques exercées par des sociétés, principalement coopératives, des mutualités et des associations, dont l'éthique se caractérise par :

- la finalité de service aux membres ou à la collectivité plutôt que de profit,
- l'autonomie de gestion,
- le processus de décision démocratique,
- la primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition des revenus.
- la production de biens et services respectant les exigences de développement durable.

La seconde exigence politique est une reconnaissance des avantages de l'économie sociale en termes d'utilité publique, de plus-value sociale, de solidarité et plus globalement de développement durable. Cette reconnaissance implique de protéger l'économie sociale par des dispositions juridiques et fiscales, de favoriser cette économie par des aides financières.

La troisième exigence politique est d'entreprendre une démarche de grande ampleur de formation et de sensibilisation. Ceci implique d'intégrer cette approche alternative dans les cours, les universités et les cycles de formation au même titre que l'économie classique. Ceci implique aussi de sensibiliser le citoyen à la consommation responsable des biens et services apportés par une économie socialement durable. Une labellisation par les pouvoirs publics des biens et services concernés participerait de cette démarche.


Ces exigences politiques doivent être rencontrées au niveau européen. Les entreprises sociales, notamment les associations, coopératives et mutualités, sont en situation d'être les initiateurs et les acteurs d'une économie plus sociale. Il revient aux Etats et à l'Europe de baliser un terrain favorable parce que l'économie sociale est viable sur le long terme et représente bien plus qu'une économie de réparation des dégâts sociaux et environnementaux.

C'est ainsi que de nouveaux collectifs de solidarité, devenus nécessaires, prendront de l'importance dans la mesure où leurs responsables font preuve d'innovations sociales et se fixent des objectifs sociaux durables. Cette situation se rencontre dans beaucoup d'entreprises sociales à travers les différents pays de l'Union européenne.

 

En guise de conclusion

 

Par l'application des principes éthiques qui la fondent, l'économie sociale peut constituer un modèle pour l'ensemble des entreprises des secteurs privés et publics. Elle contribuera entre autre à introduire davantage de participation des travailleurs et de transparence dans l'entreprise.

Par un retournement des finalités, le développement significatif de l'économie sociale peut ouvrir les portes d'une société alternative au modèle capitaliste. L'enjeu est révolutionnaire. Il s'agit de construire une société pour l'homme et avec l'homme où l'accumulation des richesses n'est pas une fin mais un moyen.

 

Les signataires (à Saint Vith le 19/02/02)

 

Pastorale en Monde du Travail - Diocèse d'Aix-La-Chapelle

Oswald-von-Nell-Breuning-Haus
Centre de Formation du KAB et de la JOC à Herzogenrath - Diocèse d'Aix-La-Chapelle

Pastorale en Monde du Travail - Diocèse de Speyer

Mouvement ouvrier chrétien (KAB) - Diocèse de Speyer

Mouvement ouvrier chrétien (KAB) - Diocèse de Trève

Mario Campanini prêtre de la Mission Ouvrière de Longwy

Mouvement ouvrier chrétien (CAB) de la Communauté germanophone de Belgique

Mouvement ouvrier chrétien (MOC) province du Luxembourg en Belgique

Centre de Pastorale en Monde du Travail (CPMT) au Grand Duché de Luxembourg




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