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Positions du MOC Luxembourg

 

Le logement

Les Assises pour l'Egalité en Luxembourg se sont longuement penchées sur la question du logement. Ce travail a abouti à la rédaction du texte de position " L'accès au logement, un droit fondamental ". Ce texte rencontre pleinement les préoccupations du MOC Luxembourg. Il est donc repris ici dans son intégralité.

 

A propos de l'offre de logement : comment assurer dans un noyau d'habitat une offre suffisante et variée ?

 

La question des inégalités en matière d'accès au logement concerne évidemment la problématique des logements sociaux mais elle la dépasse aussi très largement. D'abord parce qu'il y en a trop peu et qu'il y a donc toute une frange de la population qui n'y trouve pas place. Quelle est alors la réalité vécue par ces personnes ?

La tendance de la Région wallonne est de privilégier des politiques de discrimination positive et donc d'orienter les moyens vers les sous-régions les plus spectaculairement touchées par les problèmes de logement. Les régions rurales sont alors les parents pauvres. Mais le Luxembourg a aussi en la matière des spécificités à défendre, dispersion de l'habitat bien sûr mais aussi surenchère au niveau des prix dans une très vaste zone qui s'étend le long de la frontière grand-ducale. Il y a là une particularité qui mérite d'être prise en compte au niveau wallon.

L'étude des plans communaux du logement confirme cette impression, la Région encourage une politique de rénovation urbaine relativement inadaptée dans le cadre de notre province où les bâtiments publics " rénovables " (anciennes écoles ou presbytères) deviennent rares et les possibilités d'achat/rénovation de bâtiments privés limitées surtout dans les communes frontalières soumises à une forte pression foncière.

Faut-il le rappeler, des prix de location de 750 euros pour une maison ou 600 pour un appartement 2 chambres sont des loyers courants dans la région d'Arlon. A la vente, difficile de trouver un maison moyenne ne nécessitant pas de travaux à moins de 125.000 euros.

Le constat de beaucoup de responsables communaux est que, dans leur commune, est en train de se dessiner une société à deux vitesses avec d'un côté des frontaliers aux revenus permettant de faire face sans difficultés à ce type de prix, et de l'autre les allocataires sociaux mais aussi les revenus modestes et moyens " belges " qui ne peuvent pas suivre cette flambée des prix et qui ont de graves problèmes pour trouver des logements corrects à des prix raisonnables.

Tout particulièrement dans les communes du Sud-Luxembourg (arrondissements d'Arlon et de Virton), sur base des plans, on remarque un manque de possibilités de lotissements publics. Certaines communes demandent une révision des plans de secteurs sous peine d'être incapables d'accueillir leurs jeunes habitants quand ceux-ci deviendront adultes et chercheront à s'installer.

Dans les autres régions de la province, le problème est moindre. Il existe néanmoins une forte pression foncière sur l'arrondissement de Marche due à la combinaison de l'attrait de la région sur les habitants du centre du pays, du tourisme et de l'implantation militaire.

En outre seule la commune d'Arlon est considérée comme une ZIP. On est en droit de se demander si d'autres communes luxembourgeoises voire l'ensemble des communes frontalières confrontées à une hausse vertigineuse des prix ne pourraient pas revendiquer le même statut.

Quelques cartes issues d'Idélux permettent de mieux cerner les causes de cette pression foncière relativement récente (une dizaine d'années) qui porte les prix de l'immobilier dans les communes concernées à des prix rarement dépassés en Région wallonne sinon par une partie du Brabant wallon.

Les communes les plus concernées par le phénomène des frontaliers sont celles de l'arrondissement d'Arlon, celles de l'est de l'arrondissement de Virton ainsi que la commune de Bastogne et ses voisines immédiates.

Une forte poussée démographique caractérise la région de Bastogne, l'arrondissement d'Arlon, l'est de l'arrondissement de Virton ainsi que la région de Marche.

La combinaison des facteurs frontalier et démographique met tout particulièrement en évidence l'arrondissement d'Arlon, certaines communes de l'arrondissement de Virton et de la région de Bastogne.

Sans une politique volontariste des communes concernées et un soutien important de la Région wallonne il y aura encore aggravation à l'avenir de la fracture sociale importante dans les possibilités d'accès au logement.

 

A propos de la coordination, à propos du travail social, à propos de la participation

 

Une bonne gestion de la question du logement social passe inévitablement par une amélioration de la coordination des services et des collaborations entre acteurs sociaux (CPAS, médiateurs de dettes, gestionnaires des logements sociaux, associations,…).
De ce point de vue, l'élaboration des plans communaux a au moins eu le mérite de forcer la réflexion sur la politique communale du logement et d'obliger les communes à s'entourer de partenaires. Dans les faits, sociétés de logement, CPAS, AIS (Agence Immobilière Sociale) quand elles existent, parfois la Province ou la Région wallonne, plus rarement des asbl.

Entre une gestion stricte qui permet une occupation optimale des logements sociaux (ex : ne pas tolérer un logement deux chambres occupé par un couple âgé sans enfants) et une gestion souple qui respecte les personnes et leur vie privée (ex : éviter les déplacements déchirants pour les personnes), la conciliation est toujours délicate. Elle l'est plus encore en Luxembourg où la taille réduite des sociétés de logement ne donne pas aux gestionnaires une marge de manœuvre suffisante. Cette taille réduite ne permet pas non plus le développement d'un accompagnement social solide (ex : une seule régie de quartiers dans la province).

La question particulière des résidents permanents en camping illustre très bien toute l'importance de l'accompagnement social. Leur situation ne sera pas résolue même si des logements sociaux leur sont accessibles. La plupart ne veulent pas quitter un endroit où ils ont enfin la paix et où ils ont reconstruit un lieu de vie. La solution de les reloger dans des logements classiques " tout faits " ne tient dès lors pas sans un sérieux accompagnement. Il faut vraiment prendre le temps de discuter, d'être avec ces personnes qui ont un rapport très fort à l'extérieur, à l'initiative, à l'autoconstruction.

Par ailleurs, les sociétés de logements sociaux ne peuvent pas constituer des lieux de " normalisation " des comportements. Il est extrêmement important que les personnes soient acteurs et ceci implique de leur laisser des espaces d'expression et de participation quant à la gestion même de leur lieu de vie. Il s'agit d'éviter de tomber dans le modèle unique ou la culture imposée pour laisser, au contraire, place à l'expression de la diversité culturelle. Autrement dit encore, il s'agit de favoriser l'initiative de l'habitant et sa participation aux décisions collectives.

En ce qui concerne l'accompagnement social et la participation, les plans communaux de logement se montrent trop discrets même si quelques idées intéressantes sont ça et là avancées :
- création d'une maison de quartier et d'une commission de la jeunesse
- actions entamées avec des éducateurs de rue et animatrices de quartier
- renforcement des actions sociales et culturelles avec une ASBL de la commune
- création de maisons de villages
- convention entre CPAS et commune avec une ASBL pour des animations culturelles dans les campings
- création d'espaces de rencontre pour enfants, jeunes, adultes, personnes âgées.

 

A propos des logements sociaux, d'insertion, de transition, d'urgence

 

Les logements sociaux

Il y a relativement peu de logements sociaux dans la province de Luxembourg (- de 3% du parc wallon). Pour des raisons historiques et sociales mais aussi parfois des choix politiques régionaux ou locaux, la province de Luxembourg ne compte qu'environ un logement social pour 80 habitants contre une moyenne d'un pour 33 en Wallonie. Il y a là un important déficit à combler.

Par ailleurs, au sein même de la province, l'étude des plans communaux du logement révèle l'existence de très fortes disparités. Seule la moitié des communes luxembourgeoises disposent de logements sociaux et environ les 2/3 des logements sont situés dans les communes d'Arlon - Aubange -Bastogne - Marche et Virton.

Toutes les communes doivent être affiliées dans une société de logements sociaux. Cela n'empêche pas qu'il y a un potentiel non-réalisé, non-concrétisé dans bien des communes. Théoriquement il ne devrait plus y avoir de trou dans le maillage, mais la réalité est bien différente et trop de communes restent sans logements sociaux ou avec un nombre de logements sociaux insuffisant. Par ailleurs, dans une région rurale à habitat dispersé, les logements sociaux ne peuvent pas constituer des îlots qui détachent, pour des problèmes de mobilité, les personnes de leurs réalités sociales, culturelles et économiques.

A la lecture des plans communaux on relève à plusieurs reprises le projet de création de petits logements sociaux ou non à destination des isolés, jeunes ménages et personnes âgées. Ce projet doit être concrétisé.


Les logements d'urgence

Face à des situations d'urgence (relogement d'une famille après un sinistre ou une expulsion, accueil de réfugiés..) même la plus petite commune devrait avoir au moins un logement disponible. Or, c'est loin d'être le cas, à peine plus de 40 % des communes ayant rentré un plan disposent de possibilité de logement d'urgence. Le constat est plus grave si l'on considère que parmi la dizaine de communes luxembourgeoises qui n'ont pas rentré de plan il est probable que la quasi totalité d'entre elles n'ont aucune possibilité en matière de logement d'urgence.


Les logements de transit et d'insertion

Le constat n'est pas meilleur pour les logements de transit ou d'insertion puisque une commune sur deux en est dépourvu. Certaines communes intègrent dans leurs projets une volonté de remédier à leurs lacunes mais c'est loin d'être le cas de toutes.

Confrontées à la problématique du logement, les communes les mieux armées semblent avoir misé sur la diversification de l'offre :
- aménagement de lotissements publics pour des logements moyens ou sociaux, acquisitifs ou locatifs,
- rénovation de bâtiments pour les aménager en logements de transit ou d'insertion,
- création de logements sociaux,
- adhésion à une AIS (Agence Immobilière Sociale),
- encouragement des initiatives privées en soulignant qu'elles ne concernent souvent que des possibilités pour la tranche des locataires aux revenus les plus élevés.

Négliger un domaine d'action peut amener soit à privilégier une partie de la population, la plus aisée en l'occurrence, ou à des situations bloquées telle cette commune qui a privilégié les lotissements pour logements acquisitifs moyens et qui ne dispose aujourd'hui ni de logements locatifs sociaux ni de terrains, avec les conséquences que l'on devine pour la jeune génération.

Un bon nombre de communes comptent sur leurs voisines pour répondre aux demandes de logements et plus particulièrement celles de logements sociaux. A défaut d'une pression de la population locale qui est loin d'être toujours acquise au développement du logement social locatif et acquisitif et du logement d'urgence et d'insertion, il semble indispensable que la Région pénalise ce type de comportement et favorise inversement les communes qui ont une optique volontariste dans ce domaine du logement social.

Conclusion

 

En matière de logement, les politiques de discrimination positive pratiquées par la Région wallonne tendent à orienter les moyens vers les sous-régions les plus spectaculairement touchées par les problèmes de logement. Mais le Luxembourg a également en la matière des spécificités à défendre.

La surenchère au niveau des prix s'étend dans une très vaste zone le long de la frontière grand-ducale. Le constat y est désolant. Les allocataires sociaux et les revenus modestes ou moyens ne peuvent pas suivre cette flambée des prix et ont de graves problèmes pour trouver des logements corrects financièrement accessibles. Sans une politique volontariste des communes concernées et un soutien important de la Région wallonne il y aura aggravation, à l'avenir, de la fracture sociale importante dans les possibilités d'accès au logement.

En province de Luxembourg, aussi, les exemples de détresse sont nombreux et les inégalités criantes. Le poids du logement dans le budget familial est souvent déterminant dans le revenu disponible. En matière de logement social, les demandes non-satisfaites sont nombreuses. Le logement de dépannage reste très marginal. Trop de logements sont inadaptés à leurs occupants, personnes handicapées ou âgées. En ces matières, de trop grandes différences dans les attitudes des communes subsistent et plus particulièrement face au logement social. Cela n'est pas normal. Il faut dénoncer ces différences. Rien ne les justifie en terme de justice sociale. Il semble indispensable que la Région pénalise ce type de comportement et favorise inversement les communes qui ont une optique volontariste dans ce domaine du logement social.

En ce qui concerne les dimensions sociales et participatives, les plans communaux de logement se montrent trop discrets. Une bonne gestion de la question du logement passe inévitablement par une amélioration des collaborations et de la coordination des services sociaux, le développement de pratiques d'accompagnement social des personnes en difficulté de logement, l'organisation d'espaces d'expression et de participation pour ces personnes.

" L'accès au logement, un droit fondamental ". Une interpellation qui appelle des politiques volontaristes à tous les échelons de pouvoir.

 

Synthèse

 

A. A propos de l'offre de logement : comment assurer dans un noyau d'habitat une offre suffisante et variée ?

Le Luxembourg a des spécificités à défendre, dispersion de l'habitat bien sûr mais aussi surenchère au niveau des prix dans une très vaste zone qui s'étend le long de la frontière grand-ducale. Il y a là une particularité qui mérite d'être prise en compte au niveau wallon.

Tout particulièrement dans les communes du Sud-Luxembourg (arrondissements d'Arlon et de Virton), sur base des plans, on remarque un manque de possibilités de lotissements publics.

Seule la commune d'Arlon est considérée comme une ZIP. D'autres communes luxembourgeoises voire l'ensemble des communes frontalières confrontées à une hausse vertigineuse des prix pourraient revendiquer le même statut.

Sans une politique volontariste des communes et un soutien important de la Région wallonne il y aura encore aggravation à l'avenir de la fracture sociale dans les possibilités d'accès au logement.

B. A propos de la coordination, à propos du travail social, à propos de la participation

Une bonne gestion de la question du logement social passe inévitablement par une amélioration de la coordination des services et des collaborations entre acteurs sociaux (CPAS, médiateurs de dettes, gestionnaires des logements sociaux, associations,…).

En Luxembourg la taille réduite des sociétés de logement ne donne pas aux gestionnaires une marge de manœuvre suffisante. Cette taille réduite ne permet pas non plus le développement d'un accompagnement social solide (ex : une seule régie de quartiers dans la province).

Les sociétés de logements sociaux ne peuvent pas constituer des lieux de " normalisation " des comportements. Il est extrêmement important que les personnes soient acteurs et ceci implique de leur laisser des espaces d'expression et de participation quant à la gestion même de leur lieu de vie.

C. A propos des logements sociaux, d'insertion, de transition, d'urgence

Il y a relativement peu de logements sociaux dans la province de Luxembourg (- de 3% du parc wallon). Il y a là un important déficit à combler.

Trop de communes restent sans logements sociaux ou avec un nombre de logements sociaux insuffisant. Par ailleurs, dans une région rurale à habitat dispersé, les logements sociaux ne peuvent pas constituer des îlots qui détachent, pour des problèmes de mobilité, les personnes de leurs réalités sociales, culturelles et économiques.

A la lecture des plans communaux, on relève à plusieurs reprises le projet de création de petits logements sociaux ou non à destination des isolés, jeunes ménages et personnes âgées. Ce projet doit être concrétisé.

Les logements d'urgence et de transition sont en nombre tout à fait insuffisant.

Un bon nombre de communes comptent sur leurs voisines pour répondre aux demandes de logements et plus particulièrement celles de logements sociaux. Il semble indispensable que la Région pénalise ce type de comportement et favorise inversement les communes qui ont une optique volontariste dans ce domaine du logement social.

Conclusion

" L'accès au logement, un droit fondamental ". Une interpellation qui appelle des politiques volontaristes à tous les échelons de pouvoir.





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